17e dimanche après Pentecôte (11 sept 2016)

Homélie du 17e dimanche après la Pentecôte (11 septembre 2016)

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Sainte Mère Teresa de Calcutta

Hier, 10 septembre, nous fêtions le 70e anniversaire (10 septembre 1946) de l’appel dans l’appel reçu par Sainte Mère Teresa de Calcutta dans le train de Darjeeling. Cet appel fit d’elle la fondatrice des Missionnaires de la Charité. Dimanche dernier, elle était canonisée par le Pape François après avoir été béatifiée le 19 octobre 2003 par St. Jean-Paul II, cérémonie à laquelle j’avais eu l’honneur de participer. Méditons sur cette si belle figure de l’Église mais avec un grand angle, au-delà de l’icône des pauvres à laquelle les médias l’ont réduite.

  1. Biographie
    1. La jeunesse à Skopje

Anjezë Gonxhe Bojaxhiu naquit le 26 août 1910à Skopje, capitale de l’actuelle Macédoine, qui appartenait alors à l’Empire ottoman (sous le nom d’Üsküb). Elle était le 3e enfant de commerçant catholiques albanais (et aroumains ou de Petite Valachie). Drâne, sa mère, conseillait à ses enfants : « Quand vous faites du bien, faites-le comme une pierre que vous jetez à la mer ». Elle aidait les pauvres en les visitant à leur domicile ou en les accueillant à leur table : « Ma fille n'accepte jamais une bouchée qui ne soit partagée avec d'autres ».

Orpheline de père à 9 ans, sa mère ouvrit un atelier de couture après la faillite des entreprises paternelles. Elle incite ses enfants à s’engager dans la paroisse, tenue par les Jésuites : chorale, théâtre... Anjezë envisagea de se consacrer à Dieu dès 12 ans mais sa santé était fragile. Le P. Franjo Jambreković, insistait sur les missions par des revues, conférences. Il lui conseilla d’utiliser la joie comme instrument de discernement. Après un pèlerinage au sanctuaire marial de Letnicë (Летница), elle voulut se consacrer à Dieu. Elle obtint de sa mère l’autorisation d’entrer dans la congrégation des sœurs de Lorette en septembre 1928.

  1. Sœur de Lorette à Calcutta

Les sœurs de Notre-Dame de Lorette sont une fondation de la vénérable Mary Ward (1585-1645), de York, qui a plusieurs noms « Demoiselles anglaises » (très connues en Europe centrale : die englischen Fräulein), Institut de la Bienheureuse Vierge Marie (IBVM), Sœurs de Notre-Dame de Lorette. Elles sont spécialisées dans l’enseignement et sont de spiritualité jésuite. Apostoliques non-cloîtrées, leurs débuts furent difficiles et Mary Ward avait été persécutée aussi par des ennemis dans l’Église (à part les Anglicans).

Anjezë ne resta que 6 semaines dans la maison de Rathfarnham près de Dublin pour y apprendre des rudiments d’anglais et vérifier son appel missionnaire (par les exercices spirituels ?). Elle partit le 1er décembre 1928 pour l’Inde, à Calcutta où elle arriva en 1929. Elle fut tout de suite confrontée à l’extrême pauvreté : « Si les gens de nos pays voyaient ces spectacles, ils cesseraient de se plaindre de leurs petits ennuis ». Elle commença son postulat et noviciat à Darjeeling le 23 mai 1929. Elle reçut l’habit, se préparant à devenir enseignante par un diplôme. Le 25 mai 1931, elle prononça ses vœux temporaires et choisit le nom de Sœur Mary Teresa en référence à la patronne des missions en 1927, Ste. Thérèse de Lisieux. Elle enseigna à l'école de Loreto Entally à Calcutta de 1931 à 1937 devant des classes de 300 élèves ! Pédagogue stricte mais humble, elle était surnommée « Ma » (mère) par les enfants indiens.

Elle prononça ses vœux définitifs le 24 mai 1937. En 1944, elle devient directrice des études à Sainte-Marie, école des élites sociales de Calcutta. L’annonçant avec fierté à sa mère, celle-ci lui répondit : « Ma chère enfant, n'oublie pas que si tu es partie dans un pays si lointain, c'est pour les pauvres ». Elle consacrait de fait une partie de son temps aux bidonvilles à consoler et pauvres et visiter les malades à Nibratan Sarkal.

Le 10 septembre 1946, dans le train de Calcutta à Darjeeling où avait lieu la retraite annuelle de sa communauté, elle reçut son « appel dans l'appel ». Alors qu’elle essayait de dormir : « Soudain, j'entendis avec certitude la voix de Dieu. Le message était clair : je devais sortir du couvent et aider les pauvres en vivant avec eux. C'était un ordre, un devoir, une certitude. Je savais ce que je devais faire mais je ne savais comment ».

Elle médita en silence ce « jour de l’inspiration ». Son directeur spirituel, le jésuite belge P. Céleste van Exem lui recommande de prier avant de tout quitter puis demanda à son confrère, l’archevêque de Calcutta. Mgr. Ferdinand Perier s’opposa à son désir de fonder un nouvel ordre religieux. Atteinte d’une tuberculose naissante, Sœur Mary Teresa en repos à Asansol (Bengale occidental), approfondit sa vocation : si Dieu l’aime, Il veut en être aimé Lui aussi. Déterminée à suivre son appel, l’archevêque s’entremit finalement auprès du St. Siège. Pie XII accorda le 8 août 1948 l’exclaustration pour un an.

  1. Missionnaire de la Charité

Celle qui est déjà appelée Mère Teresa quitta le 16 août 1948, non sans difficulté, sa communauté de Lorette. Elle s’était revêtue de l’habit traditionnel indien, le sari, mais de coton blanc ourlé du bleu marial. Avec cinq roupies en poche, elle se forma comme infirmière quatre mois à Patna. De retour à Calcutta, elle fut hébergée chez les Petites Sœur des Pauvres.

Elle écrivit dans le journal que l’archevêque lui ordonnait de tenir : « L'extrême pauvreté vide progressivement l'homme de son humanité ». Pour leur rendre leur humanité, elle décida de faire ce qu’elle savait : enseigner gratuitement les enfants des rues, dès le 21 décembre 1948. En 10 jours, elle avait déjà plus de 50 élèves. Dans un autre bidonville de Tiljana, elle ouvrit une nouvelle école. Elle voulait aussi soigner les pauvres qu'elle rencontrait.

En janvier 1949, renonçant à l'aide des Petites sœurs des pauvres, elle emménagea dans une chambre au dernier étage d'une maison de Portugais. Sa vie s'organisait entre la prière, l'enseignement et les soins aux mourants pour lesquels elle mendiait les médicaments dans des pharmacies. Le 15 mars 1949, Mère Teresa reçut la visite d'une de ses anciennes élèves, qui voulait la suivre. Mère Teresa la renvoya, lui demandant de mûrir son choix. Quelques mois plus tard, elle revint en sari, suivie de 2 autres anciennes élèves quelques jours après. En août 1949, l’archevêque prolongea l’exclaustration.

Très vite plus de dix jeunes filles décidèrent de suivre Mère Teresa. Elle leur demanda d’achever leurs études supérieures tandis qu’elle rédigea en une nuit, au printemps 1950, une règle religieuse pour les missionnaires de la Charité. Leur but est donc clairement de répandre l'amour qui vient de Dieu. Mgr Perier la reconnut le 7 octobre 1950.

Mère Teresa recueillit un jour un mourant mais l’hôpital refusa de le prendre en charge. Elle décida alors de s’occuper des mourants abandonnés. La mairie de Calcutta lui offrit le local de Kaligat (près du temple de Kâlî), qu’elle appela Nirmal Hriday : Maison au cœur pur - Foyer pour mourants abandonnés. Les hindous se rebellèrent contre ce « prosélytisme » et les sœurs durent être protégées par la police. Jusqu’à ce qu’un de ses ennemis, atteint de tuberculose, devînt intouchable et fût accueilli chez les sœurs. Il crut alors que Mère Teresa serait l’avatar de Kâlî !

Certains critiquèrent Mère Teresa pour l’absence de soins élaborés apportés aux patients et le peu d’emploi d’analgésiques, comme si elle cultivait la souffrance. Or, ces gens n’avaient rien du tout et n’ont pas besoin que de gestes techniques mais surtout d’une présence aimante. L’un d’eux dit : « J’ai vécu toute ma vie dans la rue comme un animal, mais je vais mourir comme un ange ». Mère Teresa leur demandait d’offrir à Dieu leurs souffrances mais elle était là à leurs côtés. « La révolution de l’amour commence par un sourire ».

En 1952, elle acheta à très bas prix une maison qu’elle voulut très pauvre pour regarder les pauvres en face, n’ayant pas plus qu’eux pour vivre (refusant l’aide du St. Siège). La vie de la communauté s’organise autour de 2 temps de prière prolongée le matin et le soir et la journée est au service des pauvres. L’un ne va pas sans l’autre : « la prière est la respiration de l'âme. Sans la force que nous recevons de la prière, notre vie serait impossible ». Tout est ramené à une forme de contemplation, voyant dans chaque pauvre la présence de Dieu : « Jésus veut rassasier sa propre faim de notre amour en se cachant derrière les traits de l'affamé, du lépreux, du mourant abandonné. C'est pourquoi nous ne sommes pas des assistantes sociales mais des contemplatives au cœur même du monde. Nos vies sont consacrées à l'Eucharistie par le contact avec le Christ, caché sous les espèces du pain et du corps souffrant des pauvres ».

En 1955, Mère Teresa créa l’orphelinat Nirmala Sishu Bavan en recueillant un enfant abandonné en train d'être mangé par un chien dans la rue (qui mourut peu après). Puis un centre pour les enfants qui ne sont pas adoptés (à cause de la croyance au mauvais karma ou de leur origine intouchable)[1]. Mère Teresa voulut encore ouvrir en 1957 une léproserie lorsque 5 lépreux ayant perdu leur emploi se présentèrent à elle. Les Indiens croyait qu’ils avaient un mauvais karma. Les sœurs furent accueillies par des jets de pierre car on refusait une telle concentration. Elles prodiguèrent alors des soins ambulatoires à domicile. On est loin de l’image idyllique de la croyance en la réincarnation qui est un ersatz à la petite semaine du désir d’immortalité de nos contemporains ! La religion hindoue est objectivement un obstacle à l’amour. En 1963, s’opposant en vain à la destruction d’un hôpital pour lépreux à Calcutta, elle décida d’ouvrir la cité de la paix d’Asansol. Paul VI qui visita l’Inde l’année suivante lui offrit sa limousine, mise aux enchères pour financer la construction.

La branche des coopérateurs souffrants commença avec une amie belge, Jacqueline de Decker, qui devait la rejoindre après une opération mais sa santé ne le permit pas. Mère Teresa lui proposa de partager « nos mérites, nos prières et notre travail par vos souffrances et vos prières ». Pour demander de l’aide, des publications dans un journal ou à la radio commencèrent. Le premier ministre bengalais, le Dr. Bidhan Chandra Roy, aida et devint son ami. Mais Mère Teresa ne voulait pas que de l’argent, aussi des prières (celle de St. François d’Assise) de coopérateurs laïcs à partir de 1960.

En 1963 démarra la fondation des frères missionnaires de la charité confiée au jésuite, le P. Andrew Travers-Ball, dont les constitutions coécrites par les deux, furent approuvées par le St. Siège en 1967. En 1984, elle fonda les pères missionnaires de la Charité avec le père Joseph Langford.

À partir de 1959, son œuvre se répandit en-dehors de Calcutta (« le troisième pas de ma vie ») : à Ranchi, New Delhi (en présence de Nehru), Jansi, Agâ, Asansal et Bombay où sa critique de la pauvreté suscita de vives réactions. Dès 1965, les missionnaires de la Charité s’implantèrent en Amérique latine pour obéir au Pape. Il leur fut difficile, par leur fidélité au Pape, d’être bien vues d’un clergé local révolutionnaire marqué par la théologie de la libération. En 1968, Paul VI leur donna une maison à Rome. Mère Teresa découvrit la grande pauvreté de l’Occident. Suivirent New York et Londres.

En 1969, elle obtint le droit pontifical. Elle réussit à s’implanter partout, même au Bengladesh, au Yémen, fermé à l’influence chrétienne. Le premier ministre en 1973 l’y invita : elle ouvrit des cours de couture et s’occupa des lépreux réfugiés dans les grottes désertiques.

Mère Teresa refusa toute logique d’organisation ou de business de l’œuvre : elle voulait que les missionnaires de la charité vivent de la providence. En juillet 1981, craignant d’accumuler trop d’argent, elle refusa des dons, ce qui suscita une volée de critiques de la presse. De même elle refusait les associations qui ne la soutenaient que financièrement car elle voulait des coopérateurs : « C’est un capital d’Amour qu’il faut réunir. Un sourire, une visite à une personne âgée. Les vrais coopérateurs du Christ sont les porteurs de sa charité. L'argent vient si on recherche le royaume de Dieu. Alors tout le reste est donné ».

En 1982, sur une des hauteurs du siège de Beyrouth, Mère Teresa obtint miraculeusement par la prière un cessez-le-feu entre les Palestiniens, le Hezbollah et l’armée israélienne pour sauver 37 enfants hospitalisés pris au piège sur une ligne de front. Elle fut l’une des premières à aider les victimes après la catastrophe chimique de Bhopal (Inde) (1984) ou le tremblement de terre d’Arménie (1988).

Sa santé se détériora à partir de 1989 (arrêt cardiaque qui se renouvela 2 ans plus tard) : elle démissionna mais fut réélu supérieure l’année suivante. Elle mourut d’une tumeur à l’estomac le 5 septembre 1997.

  1. Spiritualité
    1. Sitio : j’ai soif (I thirst) (Jn 19, 28). Aimer jusqu’à en avoir mal

En 1993 revenant sur son expérience du 10 septembre 1946, elle affirmait que Dieu a soif de nous : « Si vous devez retenir quelque chose de la lettre de Mère, retenez ceci : ‘J’ai soif’ est bien plus profond que Jésus vous disant ‘Je vous aime’. Tant que vous ne savez pas au plus profond de vous que Jésus a soif de vous, vous ne pouvez pas savoir qui Il veut être pour vous. Ou qui Il veut que vous soyez pour Lui ». Comme si l’amour de Dieu correspondrait chez nous à un désir aussi vital que boire. La « soif de Dieu » sonde « les profondeurs du désir divin infini d'aimer et d'être aimé ». Mais comment une créature pourrait-elle combler la soif de son Créateur ? Soif que Jésus n’exprima pas que sur la Croix mais déjà à la Samaritaine : « Donne-moi à boire » (Jn 4, 7). Dieu veut être aimé comme Il nous aime. Notre vocation est de répondre à cette soif de Dieu, en aimant les pauvres : « Pour moi, ils sont tous le Christ - Le Christ dans un déguisement désolant ». Mère Teresa résumait l’Évangile en 5 mots sur ses doigts : « You did it to me » (Mt 25, c’est à moi que vous l’avez fait).

Ce pauvre, elle le sert non seulement dans le service charitable mais aussi dans Jésus Eucharistie dont la pauvreté va jusqu’à quémander aux hommes la matière même du sacrement : le pain et le vin, pour faire advenir Sa présence (St. Pierre-Julien Eymard) ! Raison pour laquelle elle imposa à partir de 1973 une heure d’adoration à chaque sœur par jour.

À quoi servirait de reconnaître la présence de Dieu dans le sacrement du pauvre si l’on ne devait reconnaître dans l’Eucharistie Sa présence encore plus importante car substantielle. Raison pour laquelle l’Eucharistie doit être traitée avec d’autant plus d’amour et d’adoration, ce qui lui fit déplorer (le 23 mars 1989) : « la chose la plus horrible dans notre monde d’aujourd’hui, c’est la communion dans la main ». Pour Mère Teresa, le monde a plus de faim d’amour et de reconnaissance que de pain. On pourrait mystiquement l’appliquer à la communion eucharistique : Dieu veut être reconnu et aimé dans la Très Sainte Hostie. D’où l’importance de l’heure d’adoration eucharistique. Et de la prière : « Plus nous recevons dans la prière silencieuse, plus nous pouvons donner »[2]. « La seule chose que nous devons faire, c’est prier pour ne pas gâcher Son travail. C’est Lui qui agit ! ».

La pauvreté n’est pas de Dieu mais vient du refus humain de partager. Toutefois « Dieu aime encore le monde et Il nous envoie vous et moi pour être Son amour et Sa compassion auprès des pauvres ». Les pauvres sont ainsi une occasion d’aimer et d’aimer vraiment. L’amour doit aller jusqu'au bout du don de soi : « Comme Dieu aimait le monde, Il a donné son Fils ; Jésus aimait le monde, Il a donné sa vie et il a dit ‘Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés’, donc si nous nous aimons vraiment les uns les autres, nous devons nous aimer jusqu'à en souffrir… Parce que l'amour vrai fait souffrir ».

« La foi active, c’est l’amour et l’amour actif, c’est le service ». « Donne tes mains pour servir et ton cœur pour aimer. Que ton amour devienne une réalité vivante et la lumière du Christ jaillira partout ». Les missionnaires de la charité ne sont pas des travailleurs sociaux mais des contemplatives qui retrouvent le Christ dans la personne du pauvre. Un ministre indien l’avait bien perçu : « Vous et moi, nous travaillons tous les deux dans le social ; mais il y a une grosse différence entre vous et nous : nous le faisons pour quelque chose, et vous le faites pour quelqu’un ». Un journaliste disait aussi, la voyant s’occuper d’un malade peu ragoûtant, qu’il ne le ferait pas pour 1 million de dollars. Elle a répondu « Moi non plus ! » car elle le faisait pour rencontrer la personne de Jésus. « Nous devons êtres surnaturellement heureuses d’y aller comme le prêtre va à l’autel : pleines de joie ». Elle faisait devant ses sœurs bien sûr allusion à la prière du bas de l’autel : « Introibo ad altare Dei qui lætificat juventutem meam ».

  1. La faim spirituelle : l’importance de la famille comme lieu d’amour

Érigée parfois en icône (l’ONU a déclaré le jour de sa mort, le 5 septembre, journée mondiale de la charité), Mère Teresa savait dire vertement au monde ses quatre vérités. En octobre 1979, elle accepta au nom des pauvres le prix Nobel de la paix mais sans brosser son auditoire dans le sens du poil : « De nos jours, nous tuons des millions d'enfants à naître, et nous ne disons rien. Prions tous pour avoir le courage de défendre l'enfant à naître et pour donner à l'enfant la possibilité d'aimer et d'être aimé » et « « la plus grande force de destruction de la paix aujourd’hui, un meurtre direct par la mère elle-même »[3].

Face au matérialisme et à l'égoïsme occidentaux, Mère Teresa insistait sur la faim spirituelle qui vient des familles : « L'amour naît et vit dans le foyer. L'absence de cet amour dans les familles crée la souffrance et le malheur du monde aujourd'hui. Nous avons tous l'air pressé. Nous courons comme des fous après les progrès matériels ou les richesses. Nous n'avons plus le temps de bien vivre les uns avec les autres : les enfants n’ont plus de temps pour les parents, ni les parents pour les enfants, ni pour eux-mêmes. Si bien que c'est de la famille elle-même que provient la rupture de la paix du monde ».

  1. La nuit de la foi

Comme la petite Thérèse, sa patronne, Mère Teresa est allée jusqu’au bout de la foi dans une expérience très dure de nuit de la foi. La sainte de Lisieux voulait partager la table des incroyants et athées et fit cette expérience de l’absence de Dieu.

Certains n’ont pas voulu comprendre que la nuit de la foi est une expérience commune pour les grandes âmes chrétiennes, déjà théorisée par St. Jean de la Croix. Aussi le livre Mother Teresa : Come be my Light (Mère Teresa : Viens, sois ma lumière), compilant des lettres, rassemble de nombreux exemples de ce sentiment de déréliction qui en choqua beaucoup : « Où est ma foi ? Tout au fond de moi, où il n’y a rien d’autre que le vide et l’obscurité. Mon Dieu, que cette souffrance inconnue est douloureuse, je n’ai pas la foi ». « Mon sourire est un grand manteau qui couvre une multitude de douleurs. Les Sœurs et les gens pensent que ma foi, mon espérance, mon amour me comblent en profondeur (…). Si seulement ils pouvaient savoir ». « Pour moi, le silence et le vide sont si importants que je regarde et ne vois pas, que j'écoute et n'entends pas » (1979 à son directeur spirituel). Après 18 mois de dialogue continu avec Jésus (1946-1948), ce fut le silence radio pendant près de 50 ans ! Cela permet des actes de foi de pure gratuité : « C’est seulement la foi aveugle qui me transporte, parce que, en vérité, tout est obscurité pour moi ». Pour le P. Langford : Mère Teresa « a continuellement choisi de croire, refusant de se détourner d’un éclat qu’elle avait aperçu sous prétexte que des nuages ont recouvert son ciel intérieur. Peu importe les longues heures de nuit, jamais elle n’a pensé que le soleil n’existait pas »[4].

Pendant 50 ans, Mère Teresa fit de même l’expérience de l’obscurité et du rejet, même de Dieu, comme les pauvres qu’elle servait : « la plus grande pauvreté est celle d'être indésirables, de n'avoir personne qui prenne soin de soi » (homélie de béatification par St. Jean-Paul II, 19 octobre 2003, n°5). Elle faisait alors un acte d’espérance : « Seigneur, donne-nous ta grâce, en Toi nous espérons ! ». « En Toi, en Toi j'espère, mon Dieu ! ». Car Mère Teresa savait que c’est une preuve d’amour divin au final : « Dieu aime celui qui donne avec joie et Il prend tout contre, la religieuse qu'Il aime ». La souffrance est « un signe que vous êtes si près de Jésus qu'il peut vous embrasser ».

C’était aussi pour Dieu un moyen de lui faire rejoindre la pauvreté la plus grande au monde, qui est celle de ne pas croire en Dieu, de ne pas se savoir aimé de Lui. En 1962, elle écrivit : « Si un jour je deviens une sainte, je serai sûrement celle des ténèbres, je serai continuellement absente du Paradis pour éclairer la lumière de ceux qui sont dans l’obscurité sur la Terre ».

Conclusion :

L’œuvre de Ste. Mère Teresa a eu la fécondité de Dieu : 5.150 missionnaires de la Charité apporte une présence divine aux plus abandonnés, sans compter les autres branches de ses fondations.

Retenons parmi les prières de Mère Teresa :

Le chemin tout simple proposé (1995) :

« Le fruit du silence est la prière.

Le fruit de la prière est la foi.

Le fruit de la foi est l'amour.

Le fruit de l'amour est le service.

Le fruit du service est la paix ».

 

Faites-le quand même...

« Les gens sont souvent déraisonnables, illogiques et centrés sur eux-mêmes, Pardonne les quand même...

Si tu es gentil, les gens peuvent t'accuser d'être égoïste et d'avoir des arrières pensées,

Sois gentil quand même...

Si tu réussis, tu trouveras des faux amis et des vrais ennemis,

Réussis quand même...

Si tu es honnête et franc, il se peut que les gens abusent de toi,

Sois honnête et franc quand même...

Ce que tu as mis des années à construire, quelqu'un pourrait le détruire en une nuit,

Construis quand même...

Si tu trouves la sérénité et la joie, ils pourraient être jaloux,

Sois heureux quand même...

Le bien que tu fais aujourd'hui, les gens l'auront souvent oublié demain,

Fais le bien quand même...

Donne au monde le meilleur que tu as, et il se pourrait que cela ne soit jamais assez,

Donne au monde le meilleur que tu as quand même...

Tu vois, en faisant une analyse finale, c'est une histoire entre toi et Dieu, cela n'a jamais été entre eux et toi.

La joie est prière, force et amour

Dieu aime celui qui donne avec joie.

La meilleure manière de montrer notre gratitude envers Dieu et les gens c'est d'accepter tout avec joie. Être heureux avec lui, maintenant, cela veut dire : aimer comme il aime, aider comme il aide, donner comme il donne, servir comme il sert, sauver comme il sauve, être avec lui 24 heures par jour, le toucher avec Son déguisement de misère dans les pauvres et dans ceux qui souffrent. Un cœur joyeux est le résultat normal d'un cœur brûlant d'amour. C'est le don de l'Esprit, une participation à la joie de Jésus vivant dans l'âme. Gardons dans nos cœurs la joie de l'amour de Dieu et partageons cette joie de nous aimer les uns les autres comme Il aime chacun de nous. Que Dieu nous bénisse. Amen ».

 

La vie est la vie

« La vie est beauté, admire-la

La vie est félicité, profites-en.

La vie est un rêve, réalise-le.

La vie est un défi, relève-le.

La vie et un devoir, fais-le.

La vie est un jeu, joue-le.

La vie est précieuse, soigne-la bien.

La vie est richesse, conserve-la.

La vie est amour, jouis-en.

La vie est un mystère, pénètre-le.

La vie est une promesse, tiens-la.

La vie est tristesse, dépasse-la.

La vie est un hymne, chante-le.

La vie est un combat, accepte-le.

La vie est une tragédie, lutte avec elle.

La vie est une aventure, ose-la.

La vie est bonheur, mérite-le.

La vie est la vie, défends-la ».

 

 

[1] NB : en octobre 2015, les sœurs fermèrent leurs 18 orphelinats indiens car elles refusaient la nouvelle législation qui permettait une adoption par de fausses « familles » (dont les agrégats de même sexe).

[2] Cf. Benoît XVI, Deus caritas est : « La bienheureuse Teresa de Calcutta est un exemple particulièrement manifeste que le temps consacré à Dieu dans la prière non seulement ne nuit pas à l’efficacité ni à l’activité de l’amour envers le prochain, mais en est en réalité la source inépuisable ».

[3] « Si vous entendez dire qu'une femme ne veut pas garder son enfant et désire avorter, essayez de la convaincre de m'apporter cet enfant. Moi, je l'aimerai, voyant en lui le signe de l'amour de Dieu ».

[4] Langford, Joseph, Mère Teresa, le feu secret, Paris, Bayard, 2008.