16e Pentecôte (20/09 - lect. thom.)

Homélie du 16e dimanche après la Pentecôte (20 septembre 2020)

 

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Lecture thomiste de l’évangile (Lc 14, 1-11)

 

 

I)              La guérison de l’hydropique

a.     Un piège dénonçant la malignité de témoins malveillants

 

Un hydropique se présenta devant Notre Seigneur reçu chez des pharisiens. L’hydropisie désignait autrefois l’insuffisance cardiaque congestive. Jésus montre qu’il est Dieu en étant capable de lire dans leurs cœurs les mauvaises pensées (cardiognosie), privilège réservé à Dieu et que même les démons ne possèdent pas. Il ne refusait pas de se rendre chez ses ennemis car, même en connaissant leur malice, il savait l’utilité de témoins de ses paroles et miracles. Les pharisiens observaient, à l’affut pour le pendre à défaut s’il manquait à la loi en posant une action défendue le sabbat.

 

Scribes et pharisiens avaient tendu un piège à Jésus sur le libelle du divorce car ils étaient incapables de comprendre que le mariage est rendu indissoluble par Dieu (Mt 19) et ils croyaient le forcer soit à contredire Moïse soit à accepter la répudiation. Mais cette fois-ci, Jésus prit l’initiative, retournant leurs sophismes contre eux, pour leur clore le bec en approfondissant leur regard sur la véritable volonté de Dieu. « Est-il permis de guérir le jour du sabbat ? ». Jésus les place devant un dilemme qu’ils sont incapables de résoudre. Ils se taisent (« Et ils gardèrent le silence ») car quelle que soit leur réponse, elle tournera contre eux. S’il est permis de guérir le sabbat, pourquoi épier le Sauveur pour voir s’il guérira ? Et si ce n’est pas permis, pourquoi prennent-ils soin de leurs animaux même le jour du sabbat. Il est toujours possible de faire des bonnes œuvres : un jour où l’on ne fait point de bonnes œuvres, est un jour maudit.

 

Jésus avait déjà comparé une maladie à un animal en mauvaise posture au précédent chapitre (Lc 13, 10-17) pour la femme courbée tenue par le démon : « Hypocrites ! Chacun de vous, le jour du sabbat, ne détache-t-il pas de la mangeoire son bœuf ou son âne pour le mener boire ? Alors cette femme, une fille d’Abraham, que Satan avait liée voici dix-huit ans, ne fallait-il pas la délivrer de ce lien le jour du sabbat ? ». Un âne ou un bœuf sont-ils en danger, les pharisiens leur viendront en aide, au moins par avarice. Plus que l’hypocrisie de la loi, Jésus n’admet pas qu’ils considèrent leur prochain malade comme un non-frère et même moins qu’un animal dénué de raison

 

b.     La maladie

 

Sans se préoccuper des embûches des Juifs, Jésus guérit cet hydropique qui, par crainte des pharisiens, n’osait lui demander sa guérison le jour du sabbat. Il se tenait seulement devant lui, afin que le Sauveur, touché de compassion à la vue de son triste état, lui rendît la santé. Connaissant ses dispositions, il ne lui demanda pas comme à d’autres s’il voulait être guéri, mais le guérit sans tarder : « Et prenant cet homme par la main, il le guérit et le renvoya ». Jésus n’est pas prisonnier d’un respect humain sur le qu’en dira-t-on : tant pis pour ceux qui se scandalisent faussement d’un rien. C’est à dessein que Jésus guérit cet hydropique devant les pharisiens, parce que l’infirmité corporelle de l’un était la figure de la maladie intérieure des autres.

 

Le puits où est coincé un animal n’est pas sans rapport avec cette maladie qui provoque des œdèmes, donc des accumulations d’eau alourdissant cœur et poumons. Certains pères associent symboliquement l’hydropisie à la libido charnelle. D’autres à un riche avare, car plus le liquide épanché abonde chez l’hydropique, plus il est dévoré par la soif. Ainsi plus le riche avare voit augmenter les richesses dont il fait un mauvais usage, plus ses désirs s’enflamment.

 

Mais le choix de l’âne et du bœuf dans ces deux miracles évoque aussi, comme à la crèche, les sages et les insensés, ou les deux peuples, c’est-à-dire le peuple juif, accablé sous le joug de la loi, et le peuple des Gentils, qui n’avait pu être dompté par aucun moyen rationnel. Notre Seigneur les a tous retirés du puits de la concupiscence où ils étaient tombés.

 

 

II)           Ne pas rechercher les places d’honneur

a.     L’humble rend honneur à Dieu qui sonde les reins et les cœurs

 

Suit alors l’éloge de l’humilité en défendant de choisir les premières places dans les repas de noces. Aller au-devant d’honneurs indus, c’est faire preuve de témérité, ce qui rend notre conduite digne de blâme. Certes, la vie nous montre une apparente réussite terrestre des carriéristes. Mais l’ambitieux n’obtient pas les distinctions qu’il désire et subira un honteux affront au jour du jugement. En cherchant de trop grands honneurs passagers ici-bas, il n’en reçoit aucuns dans l’au-delà. Jésus commande la modestie, de rechercher les dernières places.

 

Pour S. Basile, il ne conviendrait pas plus de se disputer la dernière place des banquets par fausse humilité parce que cela trouble l’ordre et devient une cause de tumulte. L’amour de la contestation est un plus grand signe d’orgueil, que de s’asseoir à la première place, quand on ne la prend que par obéissance. Laissons au maître du festin le soin de placer ses convives. Aussi un monastère bénédictin règle-t-il soigneusement la place de chacun au réfectoire, en fonction de l’âge et de la fonction.

 

Celui qui se pousse lui-même aux honneurs, ne jouit pas d’une estime durable et universelle. Tandis que les uns semblent l’honorer, les autres le déchirent, et souvent ceux qui affectent de le traiter avec le plus de distinction. Cette matière n’est pas si anodine qu’il paraît. La passion de la vaine gloire ne doit pas être méprisée. Le divin médecin vint tout guérir et nous relever de tous nos maux. Au-delà de l’apparence anecdotique des places au banquet, la maxime générale suivante est une règle fondamentale du christianisme : « Car quiconque s’élèvera sera humilié, et quiconque s’humilie sera exalté ». Ces paroles s’entendent bien sûr de la règle suivie par la justice de Dieu et non de la conduite ordinaire des hommes, qui accordent souvent les honneurs à ceux qui les désirent, et qui laissent les humbles dans l’obscurité, à commencer par les hiérarques de l’Église.

 

b.     Lecture eschatologique

 

Car celui qui ne désire point être placé au-dessus des autres, l’obtient justement de la divine Providence : « afin que quand viendra celui qui vous a invité, il vous dise : ‘Mon ami, montez plus haut’. Alors ce sera une gloire pour vous devant ceux qui seront à table avec vous ». La vraie gloire est bien sûr uniquement céleste même si elle peut passer par une élévation aux honneurs des autels.

 

Le vrai festin des noces de Jésus-Christ et de son Église est eschatologique. Il ne faut pas s’enorgueillir de ses mérites, comme si l’on était plus élevé que les autres, car on serait obligé de céder la place à un plus honorable, bien qu’invité après. On descendrait couvert de confusion à la dernière place, reconnaissant la supériorité de la vertu des autres. En s’asseyant à la dernière place, on met en pratique la recommandation de l’Esprit saint : « Plus vous êtes grand, plus vous devez vous humilier en toutes choses et vous trouverez grâce auprès de Dieu » (Si 3, 20 Vulg). Alors le Seigneur donnant le nom d’ami à celui qu’il trouvera dans ces sentiments d’humilité, lui commandera de monter plus haut, car quiconque s’humilie comme un enfant, est le plus grand dans le royaume des cieux (Mt 18, 4).

 

Nous ne sommes pas Dieu, seul capable de sonder les reins et les cœurs, de peser avec justesse et justice le poids des mérites de chacun. Ne cherchez donc pas maintenant ce qui vous est réservé pour la fin.