17e Pentecôte (19/09 - ND de la Salette)

Homélie du 17e dimanche après la Pentecôte (19 septembre 2021)

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Notre-Dame de la Salette

Nous clôturons une semaine très mariale marquée par trois fêtes de la très sainte Mère de Dieu : le 12 septembre commémorait le Saint-Nom de Marie, le 15, Notre-Dame des Douleurs et le 19 septembre 1846 (175 ans), l’apparition à Maximin Giraud et Mélanie Calvat à la Salette, reconnue exactement quatre ans après par l’évêque de Grenoble. Comme à Fátima avec Sr Lucie, la principale voyante est Mélanie, simplement par le temps qu’elle vécut, 73 ans (1831-1904) tandis que Maximin mourut avant trente ans (1835-1875).

  1. L’enfance de Mélanie
    1. Contexte familial très difficile

Mélanie naquit à Corps, le 7 novembre 1831, 3e de 10 enfants. Son père Pierre lui avait appris l’amour du crucifié et alors qu’elle demandait à 5 ans à Jésus comment correspondre à son amour, il lui avait répondu : « En souffrant et en te crucifiant ». Elle reçut alors le stigmate à l’épaule, à l’emplacement de la croix qui, d’après S. Bernard et S. Padre Pio était la plus douloureuse et inconnue des plaies de notre Seigneur. Il la communia aussi en prenant dans son cœur une hostie « Reçois, ma sœur, l’amour éternel du Dieu des forts ». Un jour, il lui montra un miroir terni qui était son âme entachée de péchés. Elle demanda pardon et le miroir s’éclaircit après l’absolution donnée par le Christ lui-même. Elle vécut des fiançailles spirituelles.

Pour plaire à Dieu, elle choisit donc la voie de l’expiation, réparation, pénitence. L’instrument en fut d’abord sa propre mère. Julie Barnaud, avait d’abord été heureuse d’avoir une fille après 2 garçons. Mais comme son goût la portait vers les distractions, amusements et fêtes, le caractère très opposé de sa fille taciturne et solitaire, sauvageonne, la poussa à une incoercible détestation, outre qu’elle estimait qu’elle lui volait l’attention de son mari. Comme son père était bûcheron et maçon, il était amené à partir longtemps pour des chantiers. Durant ses absences, sa mère n’hésitait pas à frapper sa fille, à la chasser de la maison dès 4 ou 5 ans, y compris plusieurs jours qu’elle passait dans les bois, même sous la pluie. Elle la maudit, l’interdisant de l’appeler ‘maman’ ou de désigner son mari par ‘papa’ et regrettant sa naissance, l’humilia à l’école en lui coupant de ci-de là ses cheveux (comme si elle était une coquette), le lendemain du jour où la maîtresse avait démêlé ses cheveux des caillots de sang et les avait attachés d’un ruban. Elle la louait aussi à des familles parfois si sordides qu’elle risquait la promiscuité (partager le lit avec plusieurs personnes dont des hommes) outre des sévices corporels (dont une tentative de meurtre à la hache où elle fut enlevée par son ange gardien à ses bourreaux).

    1. Compagne du Seigneur

La première fois qu’elle fut chassée de sa maison, Mélanie rencontra un petit garçon très beau qui voulut être appelé son frère (elle ne comprit que 20 ans plus tard qu’il s’agissait de l’enfant Jésus). Il lui indiqua qu’elle avait une maman, la Vierge Marie, mère plus digne que la sienne. Un jour qu’elle gardait des vaches, une tempête de montagne fit grossir tellement un torrent qu’il devint impossible à traverser. Son petit frère apparut et arrêta le cours du torrent d’un grand signe de la croix, comme Josué avec le Jourdain ou S. Bernadette Soubirous. Elle acceptait toutes ces horribles tribulations : « Il est bon pour moi d’être purifiée par toute sorte de tribulations. Pour moi, c’est Dieu, et toujours Dieu dans tous les événements, bons ou mauvais, et je ne cesse de prier le bon Dieu pour mes persécuteurs qui sont en vérité mes meilleurs amis, m’aidant à n’être absolument que pour Dieu, à me donner toute à Dieu, à ne chercher que la pure et nue gloire de Dieu, et à me détacher entièrement non seulement de tout le créé, mais aussi de moi-même et de tout le sensible ». Au fond, elle s’offrit dès le plus jeune âge en victime d’expiation pour consoler Jésus crucifié.

Mélanie connut de nombreuses persécutions dans sa vie religieuse. Outre son père qui lui tira au fusil quand elle lui annonça rentrer chez les Sœurs de la Providence de Corenc et dont elle réchappa miraculeusement, elle dut partir en Angleterre chez les carmélites de Darlington. Le nouvel évêque de Grenoble, Mgr Fava (1875-1899) s’écria après l’avoir menacée d’excommunication si elle revenait : « Enfin, il est enfermée dans un cloître d’où elle ne sortira jamais plus ». Mais Mélanie fut aussi défendue par les papes comme Bx Pie IX qui lui permit de sortir de sa clôture anglaise. Elle fut chassée des Sœurs de la Compassion de Marseille car reconnue comme voyante par trop d’importuns. Elle rencontra Pie IX et Léon XIII qui approuva la règle de l’ordre de la Mère de Dieu. Ils lui permirent de s’installer à Altamura dans la province de Bari où elle finit sa vie. Elle eut pour confesseur S. Annibale di Francia, fondateur des Rogationnistes et des Filles du divin zèle qu’il confia un temps à Mélanie (il s’occupait aussi de la servante de Dieu Luisa Piccaretta de Corato, apôtre de la Divine Volonté).

  1. Le message de Notre-Dame à la Salette
    1. Le message public : un appel pressant à la pénitence

Mélanie et Maximin ne se rencontrèrent que la veille des apparitions. Ce jour-là, alors que les enfants gardaient les vaches en pleine montagne vers midi, apparut à une quinzaine de mètres de Mélanie deux halos de lumière plus brillante que le soleil. La Sainte Vierge, assise les bras posés sur ses genoux, pleurait dans ses mains. Elle se redressa pour confier le message, assez long en guise d’avertissement éploré dont je retiens ce qui me frappe le plus pour aujourd’hui : « Si mon peuple ne veut pas se soumettre, je suis forcée à laisser aller le bras de mon Fils ; il est si lourd et si pesant que je ne puis plus le retenir. Depuis le temps que je souffre pour vous autres, si je veux que mon fils ne vous abandonne pas, je suis chargée de le prier sans cesse ; et, pour vous autres, vous n’en faites pas cas (…).

- Faites-vous bien votre prière, mes enfants ?

Tous les deux, nous répondons :

- Non, Madame, pas beaucoup.

- Ah ! mes enfants, il faut bien la faire soir et matin. Quand vous n’aurez pas le temps, dites seulement un Pater et un Ave Maria, et quand vous aurez le temps, il faut en dire davantage (…).

Il ne va que quelques femmes, un peu âgées à la messe. Les autres travaillent tout l’été, puis ils s’en vont l’hiver à la messe rien que pour se moquer de la religion. Ils vont, le carême, à la boucherie comme des chiens (…) ».

Des maux furent dénoncés : « J’ai donné six jours pour travailler, je me suis réservé le septième et on ne veut pas me l’accorder. C’est cela qui appesantit tant le bras de mon Fils.

Aussi, ceux qui mènent les charrettes ne savent plus jurer sans y mettre le nom de mon Fils ; ce sont ces deux choses qui appesantissent tant son bras ». Donc l’absence du repos dominical pour adorer Dieu et les blasphèmes heurtent le plus notre Seigneur. Différents malheurs furent annoncés : les maladies de la pomme de terre (mildiou), du blé réduit en poussière (les années 1846-1847 furent celles où le prix du quintal atteignit le maximum), de la noix (Isère et Drôme sont de gros producteurs), du raisin (oïdium puis phylloxera). La Vierge annonça la famine et la mort des enfants. Elle ravagea dès 1845 Irlande (1.000.000 de morts), Belgique, Prusse (env. 40.000) et moins fortement la France (10.000 morts). Entre 1845 et 1850 une surmortalité s’installa si bien que l’espérance de vie perdit plus de 7 ans entre 1845 et 1849 (43,25 en moyenne des deux sexes à 35,88 ans) et qu’après avoir atteint son minimum en 1845 (144/1000), la mortalité infantile remonta à partir de 1846 jusqu’au maximum de 1871 (226/1000 : un enfant sur 4 mourant avant 2 ans !).

    1. Le secret

À côté du message public immédiatement publié, un secret fut confié à chacun des enfants, comme à presque chaque apparition. Ils furent publiés en 1858 comme convenu. À Maximin : « La France a corrompu l’univers, un jour elle sera punie ».

À Mélanie : « Les prêtres, ministres de mon fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs irrévérence et leur impiété à célébrer les Saints Mystères par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté. Oui, les prêtres demandent vengeance et la vengeance est suspendue sur leur tête, malheur aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu, lesquelles, par leurs infidélités et leur mauvaise vie, crucifient de nouveau mon fils ! (…). Il n’y a plus d’âme généreuse ; il n’y a plus personne digne d’offrir la victime sans tache à l’Éternel en faveur du monde ».

« Plusieurs (prêtres) abandonneront la foi, et le nombre des prêtres et des religieux qui se sépareront de la vraie religion sera grand ; parmi ces personnes, il se trouvera même des évêques (…). Malheur aux princes de l’Église qui ne se seront occupées qu’à entasser richesses sur richesses, qu’à sauvegarder leur autorité et à dominer avec orgueil ! (…) L’Église sera livrée à de grandes persécutions. Ce sera le temps des ténèbres. L’Église aura une crise affreuse (…). Beaucoup de couvents ne sont plus les maisons de Dieu mais les pâturages d’Asmodée et des siens (…). Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist ».

    1. l’ordre de la Mère de Dieu

Elle concluait plus positivement son secret : « J’adresse un pressant appel à la terre ; j’appelle les vrais disciples du Dieu vivant et régnant dans les cieux ; j’appelle les vrais imitateurs du Christ fait homme, le seul vrai Sauveur des hommes ; j’appelle mes enfants, mes vrais dévots, ceux qui sont donnés à moi pour que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte pour ainsi dire dans mes bras, ceux qui ont vécu de mon esprit. Enfin, j’appelle les apôtres des derniers temps, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu dans un mépris du monde et d’eux-mêmes dans la pauvreté et dans l’humilité, dans le mépris et le silence, dans l’oraison et dans la mortification, dans la chasteté et dans l’union avec Dieu, dans la souffrance et inconnus du monde. Il est temps qu’ils sortent et viennent éclairer la terre (…). Combattez enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez car voici le temps des temps, la fin des fins ».

Le 5 janvier 1879, Mélanie Calvat publia sous le nom de sœur Marie de la Croix la règle de l’ordre de la mère de Dieu, semi-contemplatif et actif, qui lui avait été donnée lors des apparitions de la Salette le 19 septembre 1846. Il se compose de 3 branches : prêtres et apôtres des derniers temps, religieuses, laïcs. Son but est de « travailler à la sanctification du clergé, à la conversion des pêcheurs et d’étendre le règne de Dieu par toute la terre. Je vis que Dieu voulait que cet ordre luttât contre tous les abus qui ont amené la décadence du clergé, de l’état religieux et la ruine de la société chrétienne ».

Ses membres « aimeront Dieu par-dessus toute choses et leur prochain comme eux-mêmes pour l’amour de Dieu (…). L’esprit (…) n’est pas autre que l’esprit de Jésus-Christ en soi ». Étaient soulignées les vertus d’humilité (« imiter Jésus Christ et plus Jésus sera connu, plus ils s’humilieront à la vue de leur néant, de leur faiblesse, de leur incapacité à faire un bien réel dans les âmes, sans la grâce divine »), d’obéissance, chasteté de corps et d’esprit, pauvreté, charité (« sans bornes, ils souffriront tout de tout le monde, à l’exemple de leur divin maître et ne feront souffrir personne ») et douceur (« la supérieure (…) sera la plus humble et sera plus sévère pour elle que pour les autres. Elle corrigera les fautes de ses filles avec une grande douceur et prudence, elle élèvera toujours son âme à Dieu avant de faire une correction »).

Outre les habituelles pratiques de dévotion, la Vierge insistait pour qu’ils fassent la génuflexion à chaque fois qu’il passait devant le tabernacle. Le Saint Sacrement devait être exposé tous les jours et les nuits pour y passer d’heureuses heures en septembre, février et mai. Durant ces mêmes mois , ils pratiqueront le jeûne en plus de ceux recommandés et tous les vendredis, se donneront la discipline. Quand ils se rencontreront, l’un dira « que Jésus soit aimé de tous les cœurs » et l’autre répondra « ainsi soit-il ».

« Mes missionnaires seront les apôtres des derniers temps, ils prêcheront l’Évangile de Jésus-Christ dans toute sa pureté par toute la terre. Ils auront, dans un zèle infatigable, ils prêcheront la réforme des cœurs, la pénitence et l’observation de la loi de Dieu ; ils prêcheront sur la nécessité de la prière, sur le mépris des choses de la terre, sur la mort, le jugement, le paradis et l’enfer sur la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Il fortifieront les hommes dans la foi afin que quand le démon viendra, un grand nombre ne soit pas trompé ».

Conclusion

Saint Louis-Marie Grignon de Montfort avait déjà écrit près de 150 ans auparavant : « C’est par Marie que le salut du monde a commencé et c’est par Marie qu’il doit être consommé. Marie doit être terrible au diable et à ses suppôts, comme une armée rangée en bataille (terribilis ut castrorum acies ordinata, Ct 6, 4), principalement dans ces derniers temps. Qui seront ses serviteurs, esclaves et enfants de Marie ? Ce seront des apôtres véritables des derniers temps. Voilà de grands hommes qui viendront, mais que Marie fera par ordre du Très-Haut, pour étendre son empire sur celui des impies, des idolâtres et des mahométans. Le pouvoir de Marie sur tous les diables éclatera particulièrement dans les derniers temps ». Choisissons notre camp.

Bibliographie : Paroles de Marie… Paroles de Jésus ! Tous les messages de la Sainte Vierge aux XIXe et XXe siècles dans leur intégralité, envois gratuits par la communauté ND de Fátima, 486 rue Belharra, 40230 Saint Geours de Maremne, 3e édition, 2020, communaute.ndfatima@gmail.com

Date de dernière mise à jour : 19/09/2021