10e Pentecôte (2/08 - s. Jacq. maj.)

Homélie du 10e dimanche après la Pentecôte (2 août 2026)

Saint Jacques le Majeur (25 juillet)

Jacques de Zébédée dans la Bible

Jacques est le frère de Jean (« le disciple que Jésus aimait » (Jn 13, 23 ; 21, 20)). Ils sont fils de Zébédée (Mc 3, 17 ; Mt 10, 2 ; Lc 6, 14), pécheurs comme leur père, qu’ils laissèrent à ses filets pour suivre Jésus (Mt 4, 21-22). Ils furent appelés juste après André et Pierre, autre paire de frères choisis (et Jacques le Mineur, Simon le Zélote, Jude Thaddée). Ils partagèrent avec le Seigneur une plus grande proximité. Parmi les douze se distinguaient en effet Pierre, Jacques et Jean, mis à part trois fois : à la Transfiguration (Mt 17, 1 ; Mc 9, 2 ; Lc 9, 28), résurrection de la fille de Jaïre (Mc 5, 37) et à Gethsémani pour l’agonie (Mt 26, 37).

Les évangiles en donnent l’épaisseur de la pâte humaine, non sans limites évidentes mais tellement rassurantes, pour nous, apprentis-saints ! ‘Boanergès’ (Mc 3, 17), ils voulaient faire tomber le feu du Ciel sur le village samaritain qui refusa de recevoir les messagers de Jésus (Lc 9, 54-55) comme sur Sodome et Gomorrhe. Ils se firent réprimander. Une seconde fois, ils scandalisèrent les dix autres apôtres. Leur mère avait demandé pour ses deux fils de siéger à la droite et à la gauche du Fils de Dieu au Ciel (Mt 20, 20-21). Ce qui lui fut pas accordé car le Père avait réservé depuis toute éternité ces places à ceux à qui elles seyaient. Donc, ils poursuivaient des ambitions trop humaines. Le Christ savait que ce désir de le suivre au plus près est humainement mêlé, pas chimiquement pur, projetant des attentes trop humaines sur une réalité spirituelle distincte de ce monde de bassesse et assoiffé de domination. Cette femme, Marie Salomé ( ?) était proche de Jésus et ne l’abandonna pas au pied de la croix (Mt 27, 56 ; Mc 15, 40) comme Jean mais pas comme Jacques. Myrophore, elle apporta avec Marie-Madeleine les aromates pour préparer le cadavre de Jésus (Mc 16, 1).

Ce calice que le Christ leur proposa de boire avec lui fut la mort en premier de Jacques, décapité sur ordre du roi Hérode (Agrippa Ier ?), en 44 ( ?), avant que Pierre ne fût emprisonné (Ac 12, 2). Ne confondons pas avec le premier évêque de Jérusalem, Jacques le Juste (différent du Mineur, fils d’Alphée) « frère du Seigneur », qu’avait rencontré Paul trois ans après sa conversion, vers 36 ou 37 (Ga 1, 18-19).

La légende dorée

Saint Jacques prêcha en Espagne la parole de Dieu, dont à Gadès (Cadix) mais ne gagna que très peu de disciples, 9. Découragé, la Vierge Marie lui apparut en bilocation le 2 janvier 39 sur un pilier à Saragosse (d’où Nuestra Señora del Pilar). Aussi Jacques persévéra-t-il et diffusa le christianisme en Espagne.

Revenu en Judée, le magicien Hermogène, d’accord avec les pharisiens, envoya son disciple Philétus pour confondre l’apôtre. Mais il se laissa convertir par ses arguments et miracles. Philétus enjoignit son maître de se convertir avec lui. Le magicien le paralysa par ses sortilèges. Son ramena alors de la part de saint Jacques son suaire et il formula la prière : « le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur délie les enchaînés » (Ps 145, v. 8 et 7). Hermogène, furieux, envoya des démons ramener Jacques et Philétus garrottés mais les démons n’avaient aucun pouvoir sur l’apôtre, un ange les liant de chaînes de feu et les tourmentant. « Afin de rendre le bien pour le mal, selon que Jésus-Christ nous l’a enseigné, Hermogène vous a liés, vous déliez-le ». Hermogène, confus et craignant les représailles démoniaques, requit un objet de Jacques. Muni du bâton apostolique, il jeta à la mer tous ses livres de magie. L’envieux et calomniateur fut pardonné. Les pharisiens excitèrent Agrippa pour le tuer. Il guérit sur le chemin de sa décapitation un paralytique qui l’implorait. Ce miracle convertit Josias. Jacques demanda au bourreau de l’eau et le baptisa avant que tous deux ne fussent décollés le 25 mars 44 (8 calendes d’avril), jour de l’Annonciation.

Ses disciples enlevèrent son corps la nuit et embarquèrent avec lui sur un vaisseau sans gouvernail, abandonnant à la Providence le soin de sa sépulture. Ils abordèrent en Galice à Padrón, avant-port de Compostelle et déchargèrent le corps et le posèrent sur une pierre énorme qui, en se fondant comme de la cire sous le corps, se façonna merveilleusement en sarcophage (certains évoquent Archaïa Marmarica, Basse-Égypte par confusion avec le Mineur, déformé en arca marmorica ou arche de marbre, lieu de sa sépulture). Ce royaume était gouverné par le femme dite Lupa, la louve, à laquelle les disciples dirent ‘Le Seigneur Jésus-Christ t’envoie le corps de son disciple afin que tu reçoives mort celui que tu n'as pas voulu recevoir vivant’. Elle les envoya au cruel roi d’Espagne qui les fit emprisonner. Le pont toutefois en s’écroulant engloutit les soldats. Le roi se convertit. Louve, déçue, modifia sa tactique. Elle mit à disposition un char mais donna en guise de bœufs d’indomptables taureaux, espérant qu’ils briseraient l’attelage, détruiraient le sarcophage et tueraient les disciples. Après un signe de la croix, les taureaux se laissèrent docilement atteler. Sans être dirigés, ils amenèrent le corps au milieu du palais de Louve. Elle crut et se fit chrétienne et finit dans les bonnes œuvres. Son palais devint la chapelle de la sépulture.

Matamore (tueur d’Arabes) et la Reconquista

L’Espagne wisigothique tomba sous le joug des Sarrazins dès de 711 (traversée de la montagne de Tariq = djebel al Tariq = Gibraltar) jusqu’en 726. La Reconquête (Reconquista) débuta dans les derniers contreforts cantabriques où Pélage (Pelayo), remporta la bataille de Covadonga en 722 et créa le royaume des Asturies (titre princier conféré à l’héritier du trône jusqu’à nos jours). Les Carolingiens prêtèrent main forte : en 732, les Arabes furent arrêtés à Poitiers (l’épée de Charles Martel, retrouvée par Jeanne d’Arc, lui servit en 1429 pour bouter les nouveaux ennemis hors de France !). En 778, Roland, neveu de Charlemagne, mourut au col de Roncevaux. Guidé par des étoiles, le moine ermite Pélage redécouvrit la tombe de l’apôtre, reconnue le par Théodomir, évêque d'Iria Flavia (Padrón, siège transféré à Saint-Jacques de Compostelle). Le roi des Asturies, Alphonse II le Chaste (791-842) y pérégrina et transféra sa capitale à Oviedo.

Parmi les nombreux miracles, une certaine typologie apparaît. Des libérations de prisonniers se remarquent. Bernard, du diocèse de Modène, était enchaîné au fond d'une tour. Après avoir constamment invoqué saint Jacques, l'apôtre lui apparut, brisa ses chaînes qu'il suspendit à son cou. Le prisonnier monta au sommet, de 60 coudées (27 à 30m) et sauta sans se blesser pour s'échapper. Pour un marchand, la tour s’abaissa pour qu’il s’échappa. Vers 1100, un Barcelonais venu à Saint-Jacques s’était contenté de prier l’apôtre de ne plus tomber entre les mains de ses ennemis. Reparti par la Sicile par la mer et réduit en esclavage par les Sarrasins, il fut vendu plusieurs fois, la 13e garrotté de chaînes doubles. L’apôtre lui apparut et lui reprocha d’avoir voulu délivrer son corps plutôt que son âme mais Dieu miséricordieux était venu le délivrer. Ses chaînes se rompirent. Il en emmena comme preuve, qui faisait fuir ses ennemis ou les bêtes sauvages.

Un grand pêcheur fut envoyé par son évêque à Saint-Jacques avec une cédule contenant ses péchés. À la fête du saint, le pèlerin posa cette cellule sur l'autel et pria saint Jacques de lui remettre ses péchés par ses mérites. Quand il ouvrit la cédule, il en trouva le texte effacé.

Un pèlerin allemand et son fils, vers 1090, s'arrêtèrent à Toulouse chez un hôte qui cacha une coupe d'argent dans sa malle pour les accuser de vol et confisquer ses biens. Le fils du pèlerin fut pendu. Le père continua vers Saint-Jacques et revint 26 jours après. Il se lamentait sur le corps de son fils qui ressuscita ‘Très doux père, ne pleure pas car je n'ai jamais été si bien ! Jusqu'à ce jour saint Jacques m'a sustenté et me restaure d'une douceur céleste’. En 1100, une famille pérégrinait. La femme mourut à Pampelune, le mari et les enfants furent dépouillés par un hôte, qui vola argent et cheval. Le père portait des enfants sur l’épaule ou leur donnait la main. L’apôtre, qui ne se fit reconnaître qu'à destination, lui prêta son âne pour y monter ses enfants. Le voleur mourut en tombant de l’étage et les biens furent restitués.

Un pèlerin vit un démon grimé en saint Jacques qui l’enjoignait de se tuer en son honneur pour fuir toutes les misères de la vie présente. L'hôte qui le recevait, craignant d'être suspecté, le maure ressuscita. Jacques l’avait arraché des mains du démon, mené au trône du souverain juge qui lui avait rendu la vie. Un autre fut tenté par le démon de la fornication, qui déguisé en saint Jacques lui enjoignit de se punir en se castrant et suicidant. Le mort revint à la vie, dans l’intégrité de son corps.

En 1238, veille de saint Jacques, à Prato (Toscane), un jeune homme incendia les blés de son tuteur qui voulait lui dérober son bien. Condamné à être traîné sur un chemin pierreux, à la queue d’un cheval, il ne ressentit rien après s’être confessé et recommandé au saint. Au bûcher, bois et liens brûlèrent mais aucune tâche sur sa chemise. On le libéra donc (de ce qui était devenu une ordalie), louant Dieu par la personne de saint Jacques.

Date de dernière mise à jour : 01/08/2026