13e Pentecôte (23-08 - S. Jean-Eudes)

Homélie du 13e dimanche après la Pentecôte (23 août 2026)

Saint Jean Eudes (19 août 1680)

Notre chère Normandie regorge de saints de renommée mondiale mais pas toujours suffisamment connus et donc honorés.

Un missionnaire normand

Saint Jean Eudes naquit le 14 novembre 1601 à Ri, près d’Argentan, aîné de Martha Corbin et d’Isaac Eudes, chirurgien ayant renoncé à la prêtrise car seul survivant de la peste de 1587 qui devait reprendre le domaine fieffé. Une de ses quatre sœurs et deux frères, est François Eudes de Mézeray (1610-1683), historien et secrétaire perpétuel de l’Académie Française.

Voué à la Mère de Dieu, Jean montra des signes de grande piété dès son jeune âge. Il fit sa première communion le 26 mai 1613 à 11,5 ans et dès lors communia chaque mois jusqu’à 14 ans, ce qui était rare alors. À 12 ans, imitant saint Edmond Rich, archevêque de Cantorbéry (vers 1175-1240), il épousa la Vierge Marie en passant une bague au doigt d’une statue. Adulte, il rédigea les clauses du Contrat d’alliance avec la Sainte Vierge. À 14 ans, il fit vœu de chasteté dans les mains de son confesseur qui l’avait refusé plus tôt.

Il reçut les premiers rudiments de formation religieuse et intellectuelle à l’école d’un prêtre voisin, l’abbé Jacques Blanette. Doué pour les humanités, son père lui fit donner des cours de latin et de grec si bien qu’il fut admis directement en 4e année au collège jésuite de Caen où il acheva sa philosophie en août 1621. Son père l’autorisa à se faire religieux à 18 ans et en septembre 1620, il fut tonsuré et reçut tous les ordres mineurs de l’évêque de Séez. Il entra en mars 1623 chez les Oratoriens français du cardinal Pierre de Bérulle et dut déjà prêcher encore novice. Sous-diacre en 1624 à Sées, il fut ordonné diacre à Bayeux en 1625 et prêtre le 20 décembre 1625 avec sa première messe pour Noël.

Après sa période parisienne, il fut envoyé en 1627 en Normandie à Vrigny et Argentan, touchées par la peste puis assigné à l’oratoire de Caen pour préparer sa vie missionnaire. En 1631, la peste atteignit Caen où il secourut les pestiférés dont son supérieur et deux confrères. Pour éviter de contaminer ses confrères, il se retirait la nuit dans un tonneau du parc des religieuses de la Trinité à Calix. En mission en 1632 dans le diocèse de Coutances puis de Bayeux en 1635 (Fresne), il introduisit la prière en commun reprise dans Exercice de piété. Il fit une mission pour le diocèse de Saint-Malo en 1636 et La vie et le royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes rencontra une grande popularité. Sa simplicité et exactitude le rendaient très accessible. Il poursuivit ses missions dans le Calvados et la Manche et rencontra à Coutances en août 1641 Marie des Vallées (1590-1656) dont il rédigea la Vie en 1655. Cette mystique avait été déférée quatre mois et demi en 1614 au parlement de Normandie à Rouen pour sorcellerie mais fut relaxée. Possédée dès 19 ans suite à un sortilège d’un prétendant éconduit, exorcisée de multiples fois dont saint Jean Eudes, elle finit par l’accepter en s’offrant comme victime subissant les peines de l’enfer pour le salut des âmes. 34 ans, elle fut privée du secours de la sainte communion. Le 8 décembre 1615, elle accepta héroïquement un « échange de volontés » : elle supplia le Christ que les maléfices de sorciers jetés à d’autres filles tombassent sur elle, afin de les préserver, et expia pour arracher le plus de sorciers possible à l’enfer. En ramenant à Dieu, des hommes qui s’étaient offerts à Satan, elle prévint les sortilèges qu’ils auraient pu lancer, contribuant ainsi à réduire leur influence.

En janvier 1642, saint Jean Eudes arriva à Rouen, établi chef de toutes les missions de la province de Normandie par l’archevêque François Harlay de Champvallon.

Fondateur de la Congrégation de Jésus et Marie

La peste de 1627-1631 lui avait fait découvrir l’abandon matériel et spirituel des campagnes. Il en conclut à la priorité, pour rechristianiser la société, de former des prêtres capables de tenir une paroisse rurale ou de prêcher des missions. Les Oratoriens ne le suivirent pas dans son projet pour appliquer les directives du concile de Trente adopté par l’assemblée du clergé de France en 1615. Ayant reçu début décembre 1642 de Richelieu les patentes pour ériger sa congrégation, il quitta le 19 mars 1643 l’Oratoire de Caen qu’il dirigeait depuis 3 ans, pour ouvrir un séminaire en regroupant sept prêtres chevronnés, missionnaires capables de former. Le 25 mars, avec l’approbation de l’évêque de Bayeux, il fonda la congrégation de Jésus et de Marie ou eudistes, société de prêtres voués à la formation du clergé et aux prédications populaires. Les séminaires eudistes essaimèrent de son vivant à Coutances, Lisieux, Rouen, Évreux, Rennes pour atteindre 18 maisons à sa dissolution en 1791. Saint Jean Eudes donna à sa congrégation des Règles latines en 1644-1645, ouvrage court et méthodique composé en deux parties : Règle du Seigneur Jésus et Règle de la très sainte Vierge Marie, Mère de Dieu. Les Constitutions, consolidées en 1652-1654 furent approuvées par décret du Saint-Siège en 1674.

Dès 1634, saint Jean Eudes songea à établir à Caen un refuge pour les filles repenties du libertinage ou de la prostitution. Avec la compagnie du Saint-Sacrement et les Visitandines de Caen, il établit avec la règle de saint Augustin en 1641 Notre-Dame du Refuge qui devint l’ordre de Notre-Dame de la Charité (reconnu en 1651 par l’évêque de Bayeux et par le pape en 1666). 3 monastères bretons furent créés entre 1673 et 1676. À sa mort, le 19 août 1680 à Caen, Jean Eudes avait prêché 110 missions entre 1632 et 1676, dont 90 en Normandie, surtout pour Coutances. Chacune durait un mois et demi. Les matinées étaient consacrées à la prédication, les après-midi au catéchisme ou à des conférences. En plus il confessait. En 1660, il prêcha devant la reine-mère Anne d’Autriche à Paris. L’appréciant beaucoup, elle ne s’offusquait pas d’être rappelée à ses devoirs. « Voilà comme il faut prêcher : ceux qui nous flattent nous trompent, ils devraient nous dire nos vérités tout simplement ». En 1671, à Versailles, il prêcha sur la Passion du Christ et Louis XIV l’écouta, agenouillé. Mais suspecté d’hostilité à sa politique gallicane entre 1674, il ne rentra en grâce que le 17 juin 1679.

Saint Jean Eudes développa le culte des Cœurs de Jésus et Marie. En 1648, à Autun, il célébra avec approbation épiscopale la messe et l’office du Cœur de Marie qu’il avait composé et à Caen et quatre autres séminaires en 1672, la messe et l’office du Cœur de Jésus. Cette dévotion passa de l’ordre privé au culte public et officiel. Des confréries étaient ouvertes à tous tandis que des dévots se consacraient dans la Société du Cœur Admirable. Il répandit à profusion son image de Notre-Dame des Cœurs. Il publia dès 1648-1650 mais dut défendre les cordicoles en 1666 face à ses détracteurs.

Comparé à son maître, Bérulle, Jean Eudes est plus missionnaire que métaphysicien. Il se concentre sur l’engagement baptismal, l’humilité dans la disposition à Dieu, l’union spirituelle aux intentions de Jésus (les ‘états’ chez Bérulle), la piété mariale, l’empreinte sacerdotale. Tout est condensé dans la dévotion au Cœur de Jésus et de Marie qui dépasse la piété personnelle pour un culte liturgique d’engagement public et solennel. Le cœur est bibliquement l’intériorité spirituelle et morale, porteuse de l’énergie de la volonté. Jésus et Marie ne sont pas dissociés puisque leurs dispositions intérieures convergent et les premiers chrétiens ne formaient qu’un seul cœur. Il prépara l’œuvre exacte contemporaine de sainte Marguerite-Marie Alacoque suite aux apparitions de Paray-le-Monial (1673-1675) qui ajoutèrent la réparation victimaire pour les offenses subies par le Sacré-Cœur de Jésus.

Ses reliques peuvent être vénérées à la maison Saint-Jean Eudes (30 rue Jean Eudes à Caen). Crâne et fémur furent confiés aux sœurs de Notre Dame de Charité à Cormelles Le Royal (l’autre fémur à la maison généralice à Rome). Trois miracles ayant été reconnus, il fut béatifié en 1909 par saint Pie X et après deux autres, il fut canonisé en 1925 par Pie XI avec sainte Thérèse de Lisieux (deux normands !) et le curé d’Ars. Depuis 2014-16, les évêques de France ont soumis à la congrégation pour les causes des saints le dossier pour sa reconnaissance comme docteur de l’Église. L’église du quartier des Sapins lui fut alors dédiée en 1928. Sa statue orne la basilique Saint-Pierre du Vatican peu après. Ils sont environ 500 aujourd’hui dans le monde, avec 8 communautés en France.

Date de dernière mise à jour : 29/08/2026