Homélie du 3e dimanche après Pâques (26 avril 2026)
Saint Georges (vers 275/280 - 23 avril 303)
Saint Georges et le dragon
Dans sa Légende dorée,Bx. Jacques de Vorragine dit prudemment que le décret de Gélase en 496 classa sa Passio comme apocryphe. On l’enleva du calendrier à la réforme liturgique. Pourquoi ? On lit qu’aux environs de Silène (Silcha ?), en Libye, un effroyable dragon vivait dans un vaste étang. Maintes fois, il avait mis en déroute la foule armée contre lui, et quand il s’approchait des murs de la ville, il empoisonnait de son souffle ceux à sa portée. Pour apaiser sa fureur, les habitants offraient tous les jours deux brebis puis, leur nombre manquant, une brebis et un jeune tiré au sort. La fille unique du roi désignée victime, son père offrit à sa place toute sa fortune ou la moitié de son royaume pour l’épargner. Le peuple ayant déjà payé sa part de l’infâme tribut, furieux de cette inégalité, menaça le roi voulant s’exempter. Alors qu’elle était livrée, saint Georges intervint bien qu’elle le suppliât de ne pas s’exposer. ‘Mon enfant, sois sans crainte, car, au nom du Christ, je te secourrai !’ Georges, muni du signe de la croix et se recommandant à Dieu, assaillit le dragon qu’il blessa de sa lance et renversa. Georges pria la princesse de ceindre le cou du dragon qu’elle domestiqua comme un chien en laisse. La population s’apeura à leur entrée en ville. Georges les exhorta à recevoir le baptême pour prix de ce salut. Vingt mille hommes furent baptisés plus leur famille. Il tua ensuite le dragon, emporté hors de la ville sur un char attelé à quatre paires de bœufs. Le roi éleva en l’honneur de la sainte Vierge et de saint Georges une immense église, d’où jaillit une source guérissant tous les langoureux. Le roi offrit une grosse somme d’argent que Georges distribua aux pauvres. Il recommanda au roi d’avoir soin de l’église de Dieu ; d’honorer les prêtres ; suivre assidûment les offices divins ; garder toujours le souvenir des pauvres.
Certains interprètent ce saint sauroctone ou tueur de dragons, serpents, vouivres, cocatrix, basilics, comme le symbole de la vraie foi contre Satan et ses sectateurs. Julien d’Huy, historien des mythologies, isola un substrat très ancien d’un monstre près de l’eau, représentant les forces naturelles météorologiques, la peste et la famine. Le dieu du ciel l’affronte et le tue, emprisonne, ou chasse avec l’aide d’une femme livrée en pâture. Ultérieurement le monstre est vu comme fils de dieux, vivant dans l’eau, avalant bétail et hommes. La bête veut gouverner le monde. Son vainqueur instaure un culte/rituel/fête et érige un temple. Serait-ce une parabole du combat contre l’idolâtrie et l’hérésie ? Parmi les vies de saints, nombreux mentionnent un dragon dont saint Romain (vers 585 – 23 octobre 640), patron de notre diocèse qui domestiqua avec un condamné à mort la gargouille de la forêt de Rouvray par son étole (épisode n’apparut qu’en 1394), sainte Marthe et la tarasque de Tarascon, sainte Marguerite d’Antioche et des dizaines d’autres. D’aucuns prétendent qu’il aurait vaincu à Lydda Nahfr, un bandit perse dont le nom signifie serpent, dragon qui réclamait 2 moutons ou un esclave par jour.
Vie et martyre
Georges naquit vers 275-280 à Mazaca en Cappadoce (Césarée, Kayseri). Son père, noble général, mourut des persécutions épargnées à sa mère Polycronia qui, veuve, revint dans sa Syrie-Palestine natale où elle possédait de vastes domaines. Il suivit la carrière militaire, se distingua comme tribun militaire et préfet dans des régions complexes comme la Syrie-Palestine, l’Égypte ou la Lybie. Orphelin à 20 ans, il vendit ses biens, pérégrina en Terre Sainte puis rejoignit Nicomédie (Izmit), capitale impériale sous Dioclétien (286-305) qui lança la dernière persécution (303) si bien qu’en un mois, dix-sept mille furent martyrisés mais beaucoup d’autres fléchirent et sacrifièrent aux idoles (on appelle ces apostats des lapsi, ‘ceux qui sont tombés’). « Il se précipita le premier dans le combat, soit pour en amortir la fureur, soit pour donner un exemple aux timides et encourager les faibles ». Il défia les autorités (Dioclétien lui-même ou un préfet Dacien ?) et fut atrocement torturé. Suivant les variantes, il fut étendu sur un chevalet, tous ses membres déchirés par des ongles de fer, le corps brûlé par des torches ardentes, les plaies frottées de sel, plongé dans une chaudière de plomb fondu qui, après le signe de la croix le rafraîchit comme un bain. Ou bien il passa la nuit avec une pierre énorme lui écrasant la poitrine, fut déchiré par des roues à lames ou piques, jeté trois jours dans un bain de chaux vive, munis de sandales aux clous rougis au feu.
Le Seigneur le réconfortait. On fit alors venir le magicien Athanase pour contrer ‘ces chrétiens [qui] ont des sortilèges qui leur adoucissent les tourments et les rendent intraitables’. Après avoir invoqué ses dieux, il empoisonna son vin mais saint Georges par un signe de croix neutralisa le venin. Après une seconde tentative, le magicien implora son pardon, se fit chrétien et décapiter. Le chef changea alors de tactique et tenta la flagornerie. Saint Georges prétendit accepter de sacrifier. Toute la ville pavoisée, des milliers se pressèrent au temple. Saint Georges s’agenouilla en priant le Seigneur de détruire cet antre du démon. Un feu du ciel brûla temple, idoles et faux prêtres et la terre, s’entrouvrant, engloutit leurs restes. ‘Malheureux, si tes dieux n’ont pas pu se secourir eux-mêmes, comment pourraient-ils t’être d’aucun secours ?’ lança-t-il. La femme du persécuteur, Alexandrie (Prisca ?) le supplia d’arrêter de tourmenter saint Georges et confessa la vraie foi. Le préfet la suspendit par les cheveux, elle fut battue de verges. S’inquiétant de mourir sans la régénération de l’eau du baptême, il la rassura : « cet exemple nous prouve que le martyre permet, à défaut du baptême, de posséder le royaume des cieux » (saint Ambroise). De fait, pour une cause de martyre, le dicastère des causes des saints n’étudie pas les vertus héroïques comme pour un confesseur. Deux consuls Anatole et Protole, ainsi que le gardien de sa prison suivirent. Finalement, saint Georges fut décapité vers 22 ans. Ses reliques furent ramenées par son affranchi à Lydda (Lod en Palestine).
Son culte était déjà répandu sous Constantin qui érigea une église dans sa nouvelle capitale. Philibert de Mollans rapporta à Nuits(-saint-Georges) des reliques au IVe s. Il fut canonisé en 494 par Gélase Ier. Léon II consacra Saint-Georges du Vélabre en 682 à Rome (là où dans Fantomas se déchaîne (1965), une famille italienne demande à Louis de Funès/commissaire Juve déguisé en monseigneur, de baptiser leur enfant). Saint Georges est le patron des chevalier et des grands ordres de la lutte antimusulmane (Templiers, Teutoniques, puis aussi Jarretière et de l’Angleterre : sa croix (rouge sur fond blanc) orne le drapeau anglais, fondu avec les croix des saints André (Écosse) et Patrick (Irlande) pour former l’Union Jack du Royaume Uni). En effet, 1096, les troupes du roi Pierre Ier d’Aragon, qui gouvernait aussi la Sardaigne, remportèrent la bataille d’Alcoraz près de Huesca où quatre rois arabes ou maures furent tués, d’où la croix de saint Georges et les quatre maures (bandés autrefois aux yeux et non au front) comme symbole de la Reconquista. Juste après, au siège d’Antioche de la première croisade (21 octobre 1097 au ), il apparut à un prêtre comme un jeune homme merveilleusement beau, chef des armées chrétiennes. Si les croisés emportaient de ses reliques à Jérusalem, il serait avec eux. Revêtu d’une armure blanche ornée d’une croix rouge, il grimpa le premier l’échelle pour prendre les murailles, entraînant ceux qui craignaient les Sarrasins.