Pâques (5 avril - Cierge pascal)

Homélie du dimanche de Pâques (5 avril 2026)

Symbolique du cierge pascal

Le feu et la pierre

La symbolique du feu pascal est fort belle. L’antique usage chrétien bénissait du feu pour les vêpres. Ce feu était tiré d’une pierre comme le rappelle l’oraison sur le feu : « Dieu, par votre Fils, lequel est la pierre angulaire, avez allumé pour vos fidèles le feu de vos clartés ; sanctifiez ce feu nouveau, tiré de la pierre pour servir à nos usages, et accordez-nous d’être, pendant ces fêtes pascales, enflammés de célestes désirs afin que nous méritions d’arriver à ces fêtes avec des cœurs purs pour jouir d’une lumière éternelle ». Mais le français perd la richesse du latin qui évoque deux types de pierre.

Le mot générique lapis, lapidis (cf. lapidaire) renvoie clairement à Jésus Christ, la pierre angulaire rejetée par les bâtisseurs (Is 28, 16 ; Ps 118, 22 ; Mc 12, 10 ; Mt 21, 42 ; Lc 20, 17 ; 1 P 2, 6). Le mot spécifique silex, silicis : le silex évoque la pierre à feu. L’origine du feu est donc bien la pierre ou rocher ferme et solide qu’est le Christ qui souhaite embraser le monde : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49). Ce feu est celui de son amour, de la foi aussi qui doit illuminer les actions des hommes.

Les Hébreux au désert furent ainsi illuminés par la colonne de feu qui était double. Elle obscurcissait les Égyptiens par la nuée mais éclairait les Hébreux par sa lumière (Ex 14, 20) car elle le faisait de par derrière eux, les séparant de l’armée de Pharaon. Cette colonne de feu, indiquée par la forme du cierge pascal, est explicitement mentionnée dans la proclamation du message pascal (« columnæ illuminatione »).

Pour nous, cette lumière de la foi est éclairée par la Parole de Dieu qui illumine la route des croyants : « Une lampe sur mes pas, ta parole, une lumière sur ma route » (Ps 118 [119], 105). Mais attention ! Contrairement aux manifestations grandioses des Hébreux, la foi aujourd'hui n’agit pas à la manière d’un phare éclairant des kilomètres à la ronde mais comme une lanterne que l’on porte au milieu des ténèbres. On ne voit plus loin qu’à mesure que l’on avance, petitement, pas toujours très rassuré, mais autant qu’on pose chaque jour un acte de foi.

Le cierge communique le Christ au monde

Le Seigneur conduit en effet sûrement Son peuple car Il est le Seigneur de tout, à commencer par le temps : le millésime est marqué sur le cierge pascal. « Le Christ, hier et aujourd’hui, Commencement et Fin, Alpha et Omega [Ap 22, 13]. À Lui le temps et les siècles. À Lui la gloire et la souveraineté pour tous les siècles de l’éternité ».

Mais Dieu n’est pas que Créateur, Il est aussi Rédempteur (cf. Exsultet : « rien, en effet, ne nous eût servi de naître si nous ne devions pas être rachetés »). Il nous rachète par les plaies de son Fils : « Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris » (Is 53, 5). Le cierge pascal est donc marqué des cinq stigmates : les Très Saintes Plaies de Notre Seigneur Jésus Christ : les marques des clous dans les paumes (2) et aux pieds (2) et le côté et cœur transpercés par la lance (1).

Le Seigneur est la lumière nouvelle, à nulle autre pareille. L’église est plongée d’abord dans le noir pour qu’elle soit illuminée uniquement du cierge pascal. Trois stations (Lumen Christi) marquent l’entrée du cierge dans l’église pour chacune des Trois Personnes de la Très Sainte Trinité. Le Fils est venu dans le monde pour indiquer le chemin vers le Père (1ère ostension) (« personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler » Lc 10, 22 et Mt 11, 27). À la deuxième ostension, le Fils, Jésus Christ, montre son égalité substance avec le Père. À la troisième ostension, le Saint-Esprit est proclamé également Seigneur et Dieu car c’est lui qui est infusé dans les baptisés de cette nuit.

Mais le cierge représente tout particulièrement le Fils, qui trône ainsi au début de l’office de la vigile au milieu du sanctuaire. La cire figure son corps ; la mèche, son âme ; la flamme, sa divinité. Ces trois intimement unis sont comme la double nature du Christ : vrai Dieu et vrai homme, dans l’unité de l’unique personne divine du Fils. Éteint, il représente le Christ mort dans lequel la divinité n’apparaissait pas ; allumé, il est le triomphe du Ressuscité qui éclaire les hommes prisonniers des ténèbres de ce monde. Au cierge pascal sont allumés progressivement les autres cierges : le célébrant puis les autres clercs et servants, enfin les fidèles. Ainsi en est-il de la lumière de la foi qui se répand dans le monde depuis Jésus Christ.

Conclusion

Pour filer cette métaphore du cierge, concluons avec les paroles mêmes du saint curé d’Ars, S. Jean-Marie Vianney : « La prière n’est autre chose qu’une union à Dieu. Quand on a le cœur pur et uni à Dieu, on sent en soi un baume, une douceur qui enivre, une lumière qui éblouit. Dans cette union intime, Dieu et l’âme sont comme deux morceaux de cire fondus ensemble : on ne peut plus les séparer. C’est une chose bien belle que cette union de Dieu avec sa pet

Date de dernière mise à jour : 08/04/2026