3e Épiphanie (25/01 - s. Sébastien)

Homélie du 3e dimanche après l’Épiphanie (25 janvier 2026)

Saint Sébastien

Le 20 janvier, nous fêtons saint Sébastien.

L’intrépide soldat du Christ réconforte les persécutés

Originaire de Narbonne mais citoyen de Milan, il était si apprécié des empereurs Dioclétien et Maximien qu’ils lui confièrent la première cohorte. Mais il n’était soldat que pour affermir le coeur des chrétiens faiblissant dans les tourments de la persécution.

Les jumeaux Marcellien et Marc allaient être décapités pour leur foi en Jésus Christ quand tous leurs parents cherchèrent à les faire fléchir en abjurant. Leur mère leur découvrit son sein : ‘Ah, malheureuse que je suis ! Je perds mes fils qui courent de plein gré à la mort : si des ennemis me les enlevaient, je poursuivrais ces ravisseurs au milieu de leurs bataillons ; si une sentence les condamnait à être renfermés, j’irais briser la prison, dussé-je en mourir. Voici une nouvelle manière de périr : aujourd’hui on prie le bourreau de frapper, on désire la vie pour la perdre, on invite la mort à venir. Nouveau deuil, nouvelle misère !’. Puis leur père Tranquillin plus âgé fut porté par ses serviteurs, la tête recouverte de cendres : ‘Mes fils se livrent d’eux-mêmes à la mort (…) ce que j’avais préparé pour m’ensevelir, malheureux que je suis ! je l’emploierai à la sépulture de mes enfants. O mes fils ! bâton de ma vieillesse, double flambeau de mon coeur, pourquoi aimer ainsi la mort ?’. Puis arrivèrent leurs épouses avec leurs enfants : ‘Vous avez donc des cœurs de fer pour mépriser vos parents, dédaigner vos amis, repousser vos femmes, méconnaître vos enfants et pour vous livrer spontanément aux bourreaux !’. À ce chœur suscité par le démon, leur cœur flanchait.

Saint Sébastien rappela alors avec force cette parole évangélique : « Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera » (Mt 10, 35-39 ; cf. Lc 14, 26-27). ‘Magnanimes soldats du Christ, n’allez pas perdre une couronne éternelle en vous laissant séduire par de pitoyables flatteries’. Et aux parents : ‘Ne craignez rien, vous ne serez pas séparés. Ils vont dans le ciel vous préparer des demeures d’une beauté éclatante : car dès l’origine du monde, cette vie n’a cessé de tromper ceux qui espèrent en elle (…). Elle ment à tous. Cette vie apprend au voleur, ses rapines; au colérique, ses violences; au menteur, ses fourberies (…). Cette persécution que nous endurons ici est violente aujourd’hui et demain elle sera évanouie. Une heure l’a amenée, une heure l’emportera. Mais les peines éternelles se renouvellent sans cesse, pour sévir ; elles entassent punition sur punition, la vivacité de leurs flammes augmente sans mesure. Réchauffons nos affections dans l’amour du martyre. Ici le démon croit vaincre; mais alors qu’il saisit, il est captif lui-même (…)’.

Les nombreux miracles de conversion de saint Sébastien

Saint Sébastien parlait ainsi près d’une heure, environné d’une grande lumière du ciel, et revêtu d’une robe éclatante de blancheur, entouré de sept anges éblouissants. Un jeune homme apparut pour lui donner la paix : ‘Tu seras toujours avec moi’. D’autres miracles guérirent Zoé femme du commandant de la prison, qui avait perdu la parole. À ses pieds, elle demanda pardon à Sébastien par signes. ‘Si je suis le serviteur de Jésus Christ et si tout ce que cette femme a entendu sortir de mes lèvres est vrai, si elle le croit, que celui qui a ouvert la bouche de son prophète Zacharie ouvre sa bouche’. Et Zoé loua saint Sébastien. Son mari Nicostrate, ayant entendu sa femme parler, se jeta aux pieds du saint en implorant son pardon. Alors qu’il libérait les martyrs, ceux-ci ne voulaient pas ‘perdre la couronne à laquelle ils avaient droit’ !

Non seulement Sébastien affermit Marcellien et Marc dans la résolution du martyre, mais convertit encore leurs parents avec beaucoup baptisés par le prêtre Polycarpe. Tranquillin fut guéri et Chromace, préfet de la ville de Rome, très malade, pria Tranquillin de lui amener celui qui lui avait rendu la santé. Sébastien alla chez lui et imposa de renoncer d’abord à ses idoles pour recouvrer la santé. Polycarpe et Sébastien ainsi autorisés détruisirent plus de deux cents idoles. ‘Comme, pendant que nous mettions en pièces vos idoles, vous deviez recouvrer la santé et que vous souffrez encore, il est certain que, ou vous n’avez pas renoncé à l’infidélité, ou bien vous avez réservé quelques idoles’. Chromace reconnut posséder une chambre où son père avait entassé toute la suite des étoiles pour plus de deux cents livres d’or. Sébastien exigea ce nouveau sacrifice auquel consenti Chromace mais son fils Tiburce était réticent et avertit que si son père ne guérissait pas, les deux hommes de Dieu seraient brûlés. Sébastien acquiesça et un ange guérit le préfet qui voulut lui baiser les pieds en remerciement. L’ange l’en empêcha car il n’était pas baptisé. Chromace, Tiburce et quatre cents personnes le furent donc.

Zoé rendit l’esprit dans des tourments prolongés. Tranquillin répartit ‘Les femmes sont couronnées avant nous. Pourquoi vivons-nous encore ?’ et fut lapidé. Tiburce refusa d’honorer par des grains d’encens les faux dieux et choisit de marcher nu-pieds sur ces charbons après s’être signé, si bien qu’il eut l’impression de marcher sur des roses. Le préfet Fabien dénonça la magie du Christ. ‘Tais-toi, malheureux ! car tu n’es pas digne de prononcer un nom si saint’. Le préfet en colère le fit décapiter. Marcellien et Marc attachés à un poteau chantaient des psaumes et furent percés de lances. Dioclétien reprocha à Sébastien son ingratitude.

  • J’ai toujours voulu que tu occupasses le premier rang parmi les officiers de mon palais, or tu as agi en secret contre mes intérêts, et tu insultes les dieux.
  • C’est dans ton intérêt que toujours j’ai honoré Jésus Christ et c’est pour la conservation de l’empire Romain que toujours j’ai adoré le Dieu qui est dans le ciel.

Dioclétien le fit lier au milieu du champ de Mars et les archers le percèrent de tellement de flèches qu’il paraissait comme un hérisson. On le crut mort mais sainte Irène le soigna et remis miraculeusement, il tança les empereurs descendant du palais d’affliger les chrétiens. Il fut fouetté à mort le 20 janvier 287 et son corps fut jeté dans le grand égout (cloaca maxima) pour qu’il ne fût pas honoré par les chrétiens comme martyr. Mais saint Sébastien apparut la nuit suivante à sainte Lucine qui retrouva son corps et l’ensevelit près des apôtres.

Saint thaumaturge contre la peste

La Geste des Lombards (de Paul Diacre) rapporte qu’en 680, au temps du roi Gombert, l’Italie fut frappée d’une peste si violente que les vivants suffisaient à peine à ensevelir les morts. Les ravages se firent sentir surtout à Rome et Pavie. Un ange apparut à une foule de personnes, ordonnant au démon qui le suivait un épieu à la main, de frapper et d’exterminer. Une révélation indiqua que la peste cesserait si l’on érigeait à Pavie un autel à saint Sébastien. Ce qui advint dans l’église de Saint-Pierre aux liens qui reçut des reliques du troisième saint patron romain et le fléau cessa.

Si bien qu’au Moyen Âge, on assista à un glissement dans la dévotion à saint Sébastien. D’une force morale lui faisant ‘compter pour rien cette vie présente (…) et désirer celle-là qui demeure dans l’exultation et n’a jamais de terme’. On admirait sa constance qui le fit affronter le martyre non pas une fois mais deux. Mais la sagittation (mourir des flèches, sagitta en latin) retient plus l’attention progressivement, interprétée comme les traits des puissances surnaturelles : « Que notre Sauveur et Seigneur, pour l’amour duquel le martyr Sébastien fut percé par les blessures des flèches, envoie loin de vous toutes les flèches des puissances des airs » (messe du XIe s., in Marius Férotin, Le Liber Mozarabicus sacrementorum et les manuscrits mozarabes, Paris, 1912, col. 104).

On rapproche son martyre des saintes Écritures : « Il tend son arc, il me choisit comme cible pour sa flèche. Il a planté dans mes reins les dards de son carquois » (Lam. 3, 12-13). Or en 1348, on comprend cela comme le terrible fléau de la peste qui emporta 40% de la population européenne. De ‘signum’ (cible), il devient ‘exemplum’ et on comprend qu’il existe quatre sortes de flèches : provenant du bas, soit des démons ; de l’extérieur, soit des proches ; de l’intérieur, soit de nous-mêmes ; d’en haut, soit de Dieu (manus. lat. 3269 BNF). Or, la Bible enseigne que David, après son recensement orgueilleux, dut choisir entre (1 Chr 21, 12) entre trois ans de famine, trois mois de défaite ou trois jours de peste. Et de fait, David qui misait sur la miséricorde du Seigneur eut raison, même si cela coûta la vie de 70.000 Israélites : « Puis Dieu envoya l’ange vers Jérusalem pour l’exterminer. Mais au moment d’exterminer, le Seigneur regarda, et il renonça à ce mal. Il dit à l’ange exterminateur : « Assez ! Maintenant, retire ta main ! » (v. 15). Le prieur de San Pietro Scheraggio de Florence qui était alors à Avignon, frappé par la peste guérit miraculeusement par l’intercession de saint Sébastien (6 mai 1348) et à Paris, l’évêque Foulques de Chanac donna 40 jours d’indulgence à qui prierait le saint devant son autel de ses reliques à l’abbaye de Saint-Victor. Ces reliques provenaient de Saint-Médard de Soissons qui les avaient obtenus le 9 décembre 826 de Rome. À cette date, il refoula l’influence de saint Grégoire le Grand pour la peste de 590 à Rome (apparition de saint Michel Archange avec son dard frappant) ou de saint Roch, pourtant victime de la peste bubonique au XIIIe s. Aux récurrences de 1357 et 1363, il s’implanta partout, à commencer par Florence, pour détourner les traits de Dieu courroucé.

Saint Ambroise priait ainsi le saint : « Seigneur adorable, à l’instant où le sang du bienheureux martyr Sébastien est répandu pour la confession de votre nom, vos merveilles sont manifestées parce que vous affermissez la vertu dans l’infirmité, vous augmentez notre zèle, et par sa prière vous conférez du secours aux malades ».

Cf. Karim Ressouni-Demigneux, La personnalité de saint Sébastien : exploration du fonds eucologique médiéval et renaissant, du IVe au XVIe s., in MEFAR 2002, 114-1, p. 557-579.

Date de dernière mise à jour : 25/01/2026