SS. Pierre/Paul (05/07 - s. Pierre aux liens)

Solennité des saints Pierre et Paul (4 juillet 2026)

Lecture de l’épître de saint Pierre aux liens (Ac 12, 1-11)

Les actes des apôtres relatent la libération d’une des prisons où fut enfermé le prince des apôtres. Ce miracle en appela d’autres, célébrés le 1er août à la fête de saint Pierre-aux-liens. À Rome, la basilique San Pietro in vincoli renferme ces reliques (et le Moïse par Michel-Ange).

Les trois chaînes de saint Pierre

Ces liens (vincula) sont en réalité des chaînes : ‘Vinctus caténis duábus’ et ‘cecidérunt caténæ de mánibus eius’. Elles sont doubles : de Jérusalem et Rome. Hérode Agrippa Ier (37-44), petit-fils d’Hérode le Grand (meurtrier des saints innocents), neveu et beau-frère d’Antipas par Hérodiade (meurtrier de saint Jean-Baptiste), était un intime des empereurs Caligula (37–41) puis Claude (41–54) qu’il fit monter sur le trône. Vers 43, devant les progrès de la prédication des apôtres, il fit décapiter saint Jacques, frère de Jean. Cela plaisant aux Juifs, il fit arrêter Pierre, jeté en prison avec deux lourdes chaînes de fer. Il attendait que Pâque fût passée pour sa comparution.

Les instantes prières de l’Église conduisirent Dieu à envoyer son ange et faire mourir Hérode, rongé par les vers (Ac 12, 23) car des flagorneurs l’avaient acclamé comme un dieu (les vers nématodes peuvent provoquer une occlusion intestinale et sortir au décès, ou la gangrène de Fournier touche les organes génitaux comme son grand-père). L’Église de Jérusalem racheta cette chaîne pour ne pas la profaner avec de vrais criminels. La seconde était à Rome la prison Mamertine (Tullianum), encore visible sur le Forum. Néron l’y enchaîna vers 64-65 puisqu’il accusait les Chrétiens de l’incendie de Rome qu’il avait lui-même allumé.

Les miracles et leur vénération

Les chaînes conjointes

Ces chaînes romaines furent redécouvertes par sainte Balbine vers 116. Le pape saint Alexandre Ier était emprisonné sous le tribun Quirinius. Lequel alla visiter son ami, le préfet de Rome Hermès, emprisonné pour s’être converti. Le pape prouva l’action divine en aparaissant dans la même cellule qu’Hermès alors qu’ils étaient séparés sous bonne garde, puis en guérissant les écrouelles de la fille de Quirinius, sainte Balbine. Elle baisait ses chaînes pour guérir et lui l’exhorta à se reporter vers celles de saint Pierre que son père fit rechercher. Guérie, elle se convertit comme son père et ils furent martyrisés.

Jérusalem attirait fréquemment les pèlerins d’Orient. Sainte Hélène en 320, y avait prélevé de nombreuses reliques transférées à Constantinople ou Rome.  Le métropolite avait toutefois sauvegardées les chaînes de saint Pierre que Juvénal remit en 437 à l’impératrice Eudoxie, femme de Théodose le Jeune. Elle les fit vénérer dans la chapelle saint-Pierre à Sainte-Sophie, aujourd’hui perdues. Mais elle en offrit 28 anneaux à sa fille Eudoxie la Jeune (Licinia Eudoxia, 422-493), épouse de Valentinien III (425 à 455) qui les remit au pape Sixte III en août 439. Reconnaissant, il lui montra les chaînes romaines de saint Pierre et approchées l’une de l’autre, elles s’unirent d’elles-mêmes parfaitement par miracle. Eudoxie fit bâtir la basilique de Saint-Pierre-ès-Liens consacrée le 1er août 440 (près de Sainte-Marie-Majeure de Sixte III).

Diffusion des reliques dans la Chrétienté

Dieu accompagna de miracles insignes ces chaînes sacrées. Uniquement dans le christianisme, la sainteté se propage et non l’impureté qui contamine. Aussi si la première classe des reliques est toujours un morceau du corps (organe non putréfié, os, cheveux), la seconde classe concerne les vêtements que portèrent les saints ou les objets qu’ils touchèrent (instruments du martyre ou cercueil par ex.), s’inspirant de la pratique constatée à Éphèse : « par les mains de Paul, Dieu faisait des miracles peu ordinaires, à tel point que l’on prenait des linges ou des mouchoirs qui avaient touché sa peau, pour les appliquer sur les malades ; alors les maladies les quittaient et les esprits mauvais sortaient » (Ac 19, 11-12). La troisième classe consiste à faire toucher des tissus modernes aux reliques (brandea). Après tout, même l’ombre de saint Pierre guérissait les malades (Ac 5, 15).

Ces reliques furent dispersées pour complaire aux requérants comme Justin Ier (518-527), empereur d’Orient. En 772, quelques anneaux furent détachés par Adrien Ier pour Didier, roi des Lombards, mais ramenées à Sainte-Cécile de Rome vers 1592. Metz reçut un anneau et Avignon, cinq qui se perdirent. Pour ne pas s’aliéner ce trésor, les papes incorporèrent un peu de limaille du précieux fer dans une clef d’or ou d’argent (saint Grégoire le Grand (590-604) en offrit à Childebert, roi des Francs ou Recarède, roi des Wisigoths). Aujourd’hui, les chaînes romaines se composent de vingt-huit anneaux pour l’une et cinq pour l’autre, dont les derniers en S soutenaient l’entrave du cou et un grand anneau rond et une barre de fer soudée au mur.

Interprétation symbolique

Pierre en ceinture et sandales

La ceinture de Pierre évoque la prédiction de Jésus après la triple profession de foi amoureuse de Pierre : « Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller » (Jn 21, 18). Il s’en retourna dans la ville éternelle se faire crucifier (cf. le Quo vadis, Domine ?). Les sandales renvoient à saint Jean-Baptiste qui était indigne de délier la courroie des sandales de Jésus (Mt 3, 11 ; Jn 1, 27 ; Ac 13, 25). Il ne prendrait pas la place du véritable Époux comme dans le lévirat. Le fils prodigue réconcilié fut aussi revêtu de vêtements précieux, sandales et anneau (Lc 15, 22). Les apôtres partaient évangéliser sans rechange (Mt 10, 10 ; Lc 10, 4 ; Mc 6, 9), ses sandales que saint Pierre doit chausser (ὑπόδησαι) rappellent les « pieds chaussés [ὑποδησάμενοι] de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix » (Ép 6, 15). Rien ne devait entraver son ardeur qui le porta à Rome, alors que les juifs secouaient la poussière de leurs pieds en quittant un territoire païen pour ne pas se laisser contaminer par l’idolâtrie (Mt 10, 14).

Lier et délier (Mt 16, 19)

Pour saint Augustin, « toutes les Églises de Jésus-Christ en font beaucoup plus état que de l’or le plus pur et le plus précieux ». « Si l’ombre de Pierre a été si salutaire, combien plus le sera la chaîne dont son corps a été environné ? Si la vaine apparence de son image a pu avoir la force de rendre la santé aux malades, quelle force n’auront donc pas des liens qui ont été imprimés sur ses membres sacrés ? Si saint Pierre a été si puissant avant son martyre, combien le doit-il être maintenant qu’il a triomphé de l’attaque des démons ? O chaînes fortunées, qui de menottes et de ceps ont été changées en couronnes et en diadèmes, en faisant l’apôtre martyr ! O bienheureux liens, dont le captif a été traîné au supplice de la croix, non pas tant pour y être exécuté que pour y être consacré ! » (sermon 18 des saints).

Le premier lundi de Carême, un chanoine présente les chaînes à baiser aux fidèles, et, touchant leur cou aux chaînes, intercède : « Que par l’intercession du bienheureux Pierre Apôtre, Dieu te délivre de tout mal ». L’attachement au Christ lie et délie, faisant tomber ou pas les attaches humaines du péché ou des geôles. Jacques de Voragine rapporte « nous aussi, nous sommes retenus dans les liens du péché et nous avons besoin d’être déliés ». Certes, remettre ou retenir les péchés s’opère avant tout par le sacrement de la confession. Saint Augustin rapporte encore : « Le nom de Pierre vient de la pierre, et non l’inverse. Le nom de Pierre vient de la pierre, comme ‘chrétien’ vient de Christ (…). Ne sois pas triste, Apôtre, d’être interrogé trois fois : réponds une fois, réponds deux fois, réponds trois fois. Que ta confession soit victorieuse trois fois par l’amour, parce que ta présomption a été trois fois vaincue par la crainte. Il faut délier trois fois ce que tu avais lié trois fois. Délie par l’amour ce que tu avais lié par la crainte. Et cependant le Seigneur, une fois, deux fois, et trois fois, a confié ses brebis à Pierre ». Si Jean était le disciple que Jésus aimait le plus, saint Pierre fut l’apôtre qui aima le plus notre Sauveur. Imitons saint Pierre pour sortir des liens de nos péchés par son amour : « ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour » (Lc 7, 47).

Date de dernière mise à jour : 12/07/2026