Fête-Dieu (7 juin - martyrs Ouganda)

Homélie du dimanche de la Fête-Dieu (7 juin 2026)

Saint Charles Lwanga et les martyrs d’Ouganda (fête le 3 juin)

1879-1884 : l’arrivé au Buganda et la lutte contre l’islam et l’anglicanisme

Le 24 février 1878, quatre jours après son élection, Léon XIII signa un décret de la Sacrée congrégation pour la Propagation de la Foi attribuant les régions inter-lacustres du Tanganyika aux Pères Blancs de Mgr d’Alger, futur cardinal Lavigerie. Le 17 avril, dix missionnaires quittèrent Marseille pour l’île de Zanzibar où ils débarquèrent le 30 mai. Progressant à l’intérieur du pays, ils se scindèrent en deux groupes, l’un se rendant au Tanganyika (actuelle Tanzanie : contraction de Tanganyka et Zanzibar) et l’autre en Ouganda, les deux pays n’étant séparés que par l’immense lac Victoria. Le 17 février 1879, le père Siméon Lourdel et le frère Amans arrivèrent à Entebbe sur la rive nord, 30 km au sud de l’actuelle capitale Kampala. 5 jours plus tard, ils furent reçus par le roi du Buganda (plus grand royaume tribal de 52 clans d’Ouganda, nom swahili adopté par les Anglais). Mutesa autorisa une mission catholique à Rubaga tout près du palais royal de Kampala. Mais l’islam était apparu au Buganda en 1844 et l’anglicanisme en 1877.

Dès leur arrivée en 1879, les Pères blancs commencèrent à évangéliser. Lourdel appelé ‘mon père’ par le frère religieux, fut déformé en ‘Mapéra’. Un petit groupe de catéchumènes se constitua bientôt, dont des fonctionnaires et pages royaux. Les 4 premiers Ougandais furent baptisés le 27 mars 1880 et 4 autres suivirent deux mois plus tard. En 1881, les Arabes vouaient une haine mortelle à Mapéra qui entravait leur trafic d’esclaves en rachetant le plus grand nombre possible d’enfants que les Pères éduquaient dans un orphelinat à la vraie religion. Les arabisants persuadèrent Mutesa de faire de l’Islam la religion d’État mais le Père Lourdel fit échouer ce projet. De nombreux Bagandas optèrent pour le catholicisme après avoir embrassé l’islam (première étape vers le monothéisme) puis le protestantisme. Ayant longuement observé les Pères et écouté soigneusement leur doctrine, ils se décidèrent librement. Le Père Lourdel voyait dans la polygamie des grands, qui privait d’épouses les villageois pauvres, une cause de la fréquente homosexualité. Pourtant le roi lui-même s’y laissait aller ainsi qu’à la pédophilie. Mapéra enseignait à ses catéchumènes à résister à la luxure royale qu’ils servaient pourtant avec dévouement.

Craignant pour leur vie, les Pères Blancs s’exilèrent le 8 novembre 1882 au Bukumbi, sur l’autre rive du lac Victoria, dans l’actuelle Tanzanie, laissant 20 baptisés et 250 catéchumènes dirigées par des catéchistes. Le 10 octobre 1884, Mutesa mourut, entouré de Musulmans, le Coran sur la poitrine. Son fils Mwanga lui succéda. Ouvert, curieux et aimable, il était souvent venu visiter les Pères et avait témoigné beaucoup de confiance et d’affection au Père Lourdel. Joseph Mukasa lui rappela ses bons offices et le rappela.

1885-1890 : vers le martyr pour la pureté

Mi-juillet 1885, les Pères revinrent et le nombre des Chrétiens avait plus que doublé. Le Père Lourdel écrit : « Mwanga est bien disposé pour nous, il nous laissera, je crois, toute liberté d’instruire : mais pour lui, il aura de la peine à pratiquer… Il a renoncé à toutes les superstitions du pays. Il a le malheur de fumer le chanvre, ce qui le rendra hébété dans un certain nombre d’années. Plusieurs de nos néophytes ont sur lui une grande influence et lui font beaucoup de bien par leurs conseils ». Mwanga, comme son père, était sujet à des volte-face soudaines et aux pulsions homosexuelles.

Joseph Mukasa Balikuddembe voulait détourner le roi de la luxure, drogue et idolâtrie : « Mon Seigneur le roi, je t’en prie, ne fais plus cela ! Dieu déteste l’impureté… ». Il éloignait du palais les jeunes pages lorsque le roi les sollicitait : « Lorsque le roi vous sollicitera au mal, refusez ! », ce qui irritait Mwanga, auquel Joseph citait saint Paul : « Ne vous y trompez pas : les débauchés, les idolâtres, les adultères, les dépravés et les sodomites [pédéraste/efféminés : neque masculorum concubitores/appetitores οὔτε μαλακοί, οὔτε ἀρσενοκοῖται]ne recevront pas le royaume de Dieu en héritage » (1 Co 6, 9-10). L’Église condamne non les personnes mais la pratique homosexuelle : « Selon l’ordre moral objectif, les relations homosexuelles sont des actes dépourvus de leur règle essentielle et indispensable. Elles sont condamnées dans la Sainte Écriture comme de graves dépravations et présentées même comme la triste conséquence d’un refus de Dieu (Rm 1, 24-27 ; 1 Co 6, 10 ; 1 Tm 1, 10). Ce jugement de l’Écriture ne permet pas de conclure que tous ceux qui souffrent de cette anomalie en sont personnellement responsables, mais il atteste que les actes d’homosexualité sont intrinsèquement désordonnés et qu’ils ne peuvent en aucun cas recevoir quelque approbation » (Persona humana de la Doctrine de la Foi du 29 décembre 1975, n°8).

Le roi Mwanga suspecta donc les Européens et les convertis et massacra un évêque anglican et sa suite. Joseph Mukasa blâma le roi qui le fit décapiter à la machette le 15 novembre 1885, premier martyr catholique du pays. Sentant leur tour arriver, les catéchumènes se pressèrent à la mission pour recevoir le baptême. Charles Lwanga, chef de la grande hutte où le roi tenait ses réceptions solennelles, athlète vigoureux, doux, aimé de tous avait mérité l’estime et la confiance du roi mais exerça sur les pages une influence comparable à Mukasa.

Le 25 mai 1886, Mwanga revint au palais après une chasse infructueuse et ne trouva personne pour le servir car son personnel écoutait des instructions religieuses. Flattant son stupre, le premier ministre et les arabisants dénigraient les Chrétiens : « Ils ne s’adonnent pas aux plaisirs de la chair ; ils ne rendent pas de culte aux divinités, ils n’aiment pas le pillage ; si tu ordonnes de tuer quelqu’un, ils n’y consentent pas et eux-mêmes ne craignent pas d’être tués. Lorsque tous tes sujets auront adopté ce genre de vie, quel roi seras-tu ? » Mwanga s’emporta : « Je les ferai tous massacrer ! ». Aussitôt, Charles Lwanga réunit les pages encore catéchumènes et les baptisa. Comparant devant le roi, il les somma de renier leur foi, ce qu’ils refusèrent. Ils furent condamnés à mort à Namugongo, à dix kilomètres environ de la capitale. Le 3 juin 1886, fête de l’Ascension, 20 jeunes catholiques et 23 anglicans, stupéfièrent leurs bourreaux ‘On dirait qu’ils vont à la noce !’. Chacun fut empaqueté dans une claie de roseaux et mis sur le bûcher. Parmi eux, Kizito n’avait que 13 ans, et récitait le Notre Père dans les flammes. Arrivé à ‘Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés’, les bourreaux saisis de frayeur, s’écrièrent ‘Ce n’est pas nous qui vous tuons, ce sont nos dieux qui vous tuent parce que vous les traitez de démons !’. Charles Lwanga fut martyrisé après le martyre de ses frères et brûlé lentement par morceaux. Au bourreau qui le moquait : ‘Allons, que Dieu vienne te tirer de ce feu !’, il rétorqua ‘Ce que tu appelles feu, ce n’est que de l’eau fraîche. Quant à toi, prends garde que le Dieu que tu insultes ne te plonge un jour dans le vrai feu qui ne s’éteint pas’ et expira avec ‘Ô mon Dieu !’ à ses lèvres. Le dernier supplicié fut Jean-Marie Muzeeyi, décapité et jeté aux alligators dans un marigot.

Le 22 juin 1934, Pie XI déclara Charles Lwanga patron de la jeunesse africaine et en 1964, Paul VI canonisa 22 catholiques, sur lesquels existait une documentation précise.

Les fruits du martyre

Mapéra isola quatre raisons à cette cruelle fureur royale contre les Chrétiens. Mwanga craignait que les missionnaires, après avoir instruit les gens, ne s’emparassent du pays ; il constatait jalousement que ses esclaves en savaient plus que lui ; ses pages instruits de la religion, s’opposaient à ses vices ; les grands du royaume voyaient disparaître l’idolâtrie. Mais le mouvement de conversions s’amplifia. Le P. Lourdel mourut à 37 ans le 12 mai 1890 (il était né le 20 décembre 1853 à Dury, dans le Pas-de-Calais), après avoir demandé pardon à Dieu de ne pas l’avoir mieux servi, bien que toute sa vie missionnaire n’eût été que contradictions, fatigues, dangers, souffrances supportées pour faire aimer le Christ. Il était avec Mgr Livinhac (1846-1922), les Pères Girault (1853-1941), Barbot (1846-1882) et le Frère Amans Delmas (1852-1895) l’un des cinq fondateurs de l’Église ougandaise. À sa mort, la mission d’Ouganda comptait alors près de 1.200 baptisés et 10.000 catéchumènes fervents. Suivirent les séminaires, noviciats, écoles de catéchistes que le Père Lourdel souhaitait.

En 1892, le pays menacé par les Britanniques comme par les Allemands, passa sous protectorat de Londres après une guerre civile. En 1911, les catholiques représentaient 30% de la population et les anglicans 21%. Le roi Mwanga, exilé aux Seychelles, finit obscurément en 1903 baptisé chez les Anglicans. En 2024, sur 42 millions d’Ougandais, 82% sont chrétiens et 13% musulmans : 36% sont catholiques, 19% anglicans, les deux baissant au profit des Évangéliques. En 2004, à la 15e conférence internationale sur le Sida de Bangkok, le président ougandais, Yoweri Museveni, vanta le succès de son pays dans la lutte contre le VIH avec des propos que Jean-Paul II n’auraient pas désavoués. « Le Sida est principalement un problème moral, social et économique. Je considère les préservatifs comme une improvisation, pas une solution… Les relations humaines doivent être basées sur l’amour et la confiance », ajoutant que l’abstinence était plus efficace que le préservatif pour combattre le VIH. De son côté, sa femme déplora que « la distribution de préservatifs à la jeunesse revient à leur donner un permis de faire n’importe quoi ; et cela conduit à une mort certaine » (Albert Barrois, Le Sida, l’éthique et l’expérience, in Liberté politique 27, novembre 2004).

Date de dernière mise à jour : 07/06/2026