4e ap. Pâques (03/05 - s. Cath. Sienne)

Homélie du 4e dimanche après Pâques (3 mai 2026)

Sainte Catherine de Sienne (25 mars 1347 - 29 avril 1380)

Le 29 ou 30 avril, l’Église fête sainte Catherine de Sienne, grande mystique du XIVe s.

Des grâces précoces

Catarina Benincasa est la fille d’un prolifique couple, 25e enfant de Jacopo, teinturier et Lapa de’ Piagenti. Sa jumelle Giovanna mourut. Elle naquit le jour de l’Annonciation et dimanche des Rameaux, 1er jour de l’année à Sienne. À 6 ans, en 1353, elle vit en extase au-dessus de l’église paroissiale Saint-Dominique, Jésus Christ trônant avec la tiare pontificale, entouré de Pierre, Paul et Jean. Plus tard, pensant aux différents ordres de la vie religieuse, elle vit saint Dominique l’admettre dans sa famille. Grande mystique, elle lévitait. Elle se voua à la virginité dès 7 ans (1354), commençant une vie pénitente que sa famille rejeta. Ses parents l’accablaient de tâches ménagères pour la distraire de la prière. Elle refusa à 12 ans un mariage. À 16 ans, en 1363, voulant entrer dans le tiers-ordre régulier des pénitentes dominicaines de sainte Marie-Madeleine, les mantellate, elle fut refusée car trop belle et intelligente. Qu’à cela ne tienne, malade, elle maigrit et s’enlaidit de boutons et fut admise ! Une tertiaire menait une vie religieuse dans le monde, dans la « cellule intérieure de son cœur ». Elle se fit  un ermitage chez elle, se nourrissant de pain et d’herbes crues, s’infligeant trois disciplines par jour. « On aime comme on se sent aimé ». Ne sachant ni lire ni écrire, elle fut enseignée par le Christ, saints Dominique, François, Marie-Madeleine… ! Ne pouvant réciter l’office, le Christ lui apprit à psalmodier en alternance. Elle mena une vie cachée avec des tentations, combats spirituels contre le diable.

 

Les épousailles mystiques et l’apostolat de charité

Cette période de trois à quatre ans se conclut par les noces mystiques. Jésus l’épousa dans la foi, au dernier jour du carnaval 1367 « parce que tu as méprisé toutes les vanités du siècle et préféré pour ma gloire d’affliger ton corps plutôt que de partager les festins du monde, je viens aujourd’hui célébrer avec toi une fête solennelle et épouser ton âme dans la foi avec une grande pompe ». La Vierge la prit par la main pour la présenter à son Fils, entouré des saints Jean, Paul, Dominique. David jouait du psaltérion. La bague à son doigt n’était visible que d’elle seule. « Voici que moi, ton Créateur et ton Sauveur, je t’épouse jusqu’au jour où tu me seras unie dans la joie céleste. Demeure toujours remplie de courage ; armée de foi, tu triompheras de tous tes ennemis ».

Bientôt l’Époux lui ordonna de mener une vie plus apostolique, sortant de sa retraite, en exerçant la charité, aimant les pauvres, la pauvreté de ceux qui ignoraient le Christ, en prêchant par soif des âmes. Concrètement, elle soigna les lépreux, prit sur elle les peines du Purgatoire de son père, fit pénitence pour convertir des blasphémateurs comme André de Noddino di Bellanti ou un qui voulait tuer tous les moines plutôt que de se confesser. Elle fit école et une ‘brigade’ se constitua qui fit office de secrétariat.

Après la mort mystique, l’apostolat pour l’Église

1370 constitua un tournant dans sa mission. Ses sentiments d’amour mystique la brisèrent au point qu’elle fut déclarée morte 4h durant. Durant cette rencontre profonde avec le Seigneur qui n’est pas sans rappeler le ‘non recuso laborem’ de saint Martin de Tours, le Christ lui proposa de rester sur terre afin d’être utile : « le salut de beaucoup d’âmes le nécessite (..) mais je serai avec toi. Tu enseigneras ma doctrine aux petits et aux grands, aux laïcs et aux religieux. Je te conduirai et (..) je te confierai l’honneur de mon Nom. Je te donnerai une parole et une sagesse auxquelles personne ne pourra résister, je te mettrai en présence de pontifes et de ceux qui gouvernent l’Église et les peuples afin de confondre comme je le fais toujours par ce moyen l’orgueil des forts ».

 

Elle obtint en 1374 un confesseur dominicain, le bienheureux Raymond de Capoue, qui la comprenait pleinement. Elle communiait quotidiennement, multipliait les miracles, toujours plus configurée au Christ, au point d’en prendre l’apparence pendant une confession : « Je suis celui qui suis et toi tu es celle qui n’est rien. Fais toi capacité, je me ferai torrent ». Plus elle était mystique, plus elle s’activait, s’occupant des affaires de son temps, œuvrant pour le bien de l’Église. Elle mena quatre projets pour lutter contre les maux de la Chrétienté :

* la croisade, obtenue de Grégoire XI par Raymond qui la prêcha, mais n’aboutit pas.

* la réconciliation entre Florence et le Pape, qui avait jeté l’interdit sur la ville. Symptomatique d’un climat italien de guerre civile où les cités étaient divisées entre clans aristocratiques, marchands, artisans, guelfes contre gibelins.

* le retour du pape à Rome. En 1373, elle conseilla au pape de se convertir. Grégoire XI quitta Avignon et suivit Catherine le 13 septembre 1376. Il entra triomphalement à Rome le 17 janvier 1377 sans elle.

* la réforme de l’Église par ses ministres : elle voulait une Église pauvre et humble, digne de son chef. « L’épouse du Christ est pâle car on lui suce le sang par derrière, le sang du Christ ». Le pape la fit chercher à Sienne. Elle intervint souvent en consistoire, en imposant aux cardinaux qui y voyaient l’œuvre de l’Esprit.

Tellement configurée au Christ, le 1er avril 1375, elle reçut à Pise, dans l’église Sainte-Christine les stigmates mais invisibles, soit seulement les souffrances de la Passion. Contre ses détracteurs, la bienheureuse Lucia da Narni en démontra la réalité en obtenant la même chose en 1496, ce qui contribua à la reconnaissance officielle, mais tardive sous Urbain VIII en 1630. Le 13 octobre 1378, à Sienne, elle acheva le livre dicté durant ses extases à 5 secrétaires en trois mois : les Dialogues ou Livre de la divine Providence. De même, elle dictait beaucoup de lettres. 373 nous sont conservées, dont 22 au pape, 9 à des cardinaux, 7 à des évêques, 106 à des prêtres, 37 à des religieux, 42 à des princes etc.. Elle était très directe et exigeante !

Plus elle se rapprochait de Dieu, plus l’humanité lui était chère, plus elle souffrait des divisions. À la mort de Grégoire XI, le peuple romain imposa, le 8 avril 1378, un Italien, le cardinal-archevêque de Bari, Urbain VI. Mais les cardinaux, français pour la plupart, contestèrent la validité de cette élection et ses réformes trop musclées et se réunirent à Fondi, le 20 septembre, secrètement, pour élire Robert de Genève comme pape Clément VII. Ainsi débuta le grand schisme d’Occident (1378-1417) qui divisa toute l’Europe, même les saints (saintes Catherine et Brigitte contre saint Vincent Ferrier et bx. Pierre de Luxembourg).

Elle vint à Rome le 28 novembre 1378 soutenir Urbain VI, « le doux Christ sur la Terre ». Elle le rencontra dès le lendemain avec ses rares cardinaux fidèles pour l’encourager dans la foi. Raymond de Capoue fut envoyé comme légat en France. Elle lui trouva des troupes, la compagnie Saint-Georges, qui remporta une la bataille de Marino (29 avril 1379) grâce à son intercession. Le château Saint-Ange fut libéré des troupes bretonnes de l’antipape. Précisément à l’endroit de la reddition, figure à la gauche du monument, une statue de sainte Catherine de marbre blanc (F. Messina), traduit toute l’anxiété du désir qui vainc l’épuisement physique et soutient la jeune femme dans sa pénible démarche[1]. Urbain fit une procession pied nu de Santa Maria del Trastevere à Saint-Pierre. Peu après, le peuple romain se rebella contre le pape. Le Christ pressa le cœur de Catherine sur eux et son sang les calma. En 1380, à bout de force, Catherine faisait quotidiennement du 2 au 26 février, le pèlerinage à Saint-Pierre. Elle offrit l’amertume de son cœur et son corps souffrant au Christ. « L’unique cause de ma mort est l’amour de l’Église qui me brûle et me consume ». Elle était frappée par la fresque du Giotto qui décorait la basilique constantinienne du Vatican. La navicella représente la barque des apôtres menacée par les eaux en furie. Le Seigneur lui fit un jour peser sur sur épaules le poids énorme de l’Église menacée par la tempête du grand schisme. Sa vie fut remplie de grâces mystiques : à l’autel, le prêtre chercha anxieusement la parcelle d’hostie manquante car le Christ donna lui-même la communion miraculeuse, sans que la foule n’en eût conscience.

Ce pont Saint-Ange qu’elle emprunta tant de fois renvoie à sa théologie spirituelle. « Ceux qui passent par-dessous le pont se noient parce que l’eau ne porte rien. Elle ne cesse de s’écouler et l’homme ne cesse de courir après les choses qu’il ne peut posséder ni retenir » (D27) « C’est pour remédier à tant de maux que je vous ai donné mon Fils et que j’en ai fait un pont. Vois donc tout ce que la créature me doit et combien l’âme se montre rustre puisqu’elle veut se noyer et ne pas utiliser le secours que je lui ai offert moi-même » (D21). Le pont, c’est le Christ, le chemin qui a rétabli la voie de la vérité puisque « le mensonge avait coupé la route du ciel ». « Ce pont, qui est mon Fils, a trois marches.. Dans ces trois marches tu reconnaîtras les trois états de l’âme ». Les pieds cloués portent le corps et le désir porte l’âme. La seconde marche atteint son côté « lequel te manifeste le secret du cœur (..) : c’est là que [l’âme] trouve le parfait et ineffable amour ». L’âme se dépouille de ses affections désordonnées (purification), et se revêt de l’amour « là, le cœur s’enivre » (illumination). La troisème marche est la bouche, l’union à Dieu, où se trouve la paix après la grande guerre soutenue contre ses propres péchés. « Celle-ci est tellement élevée que l’eau ne peut l’atteindre. Il n’est en elle aucune trace de péché ».

Après 18 mois à Rome, elle mourut le 29 avril 1380, à 33 ans, fête de saint Pierre Martyr, premier martyr dominicain, après avoir confié à chacun de ses disciples sa mission. Sa chambre de la via del Papa, via Santa Chiara 14 (l’actuel Théâtre Rossini en face du séminaire français de Rome), abrite la capella del Transito dont les murs furent transférés dans la sacristie de la Sainte-Marie-sur-la-Minerve, l’église d’un couvent des Dominicains. L’augustin Giovanni Tantucci renonça à prêcher car plus éloquente fut la vie de sainte Catherine. Une foule immense d’infirmes vint invoquer un miracle. Si son chef est conservé à Sienne, son corps repose à la Minerve, d’abord dans la chapelle Capranica ou du Saint-Rosaire où de magnifiques fresques par G. de’ Vecchi (1573-1575) illustrent sa vie.

Elle fut canonisée le 29 juin 1461 par Pie II. En 1866, bx. Pie IX en fit la patronne secondaire de Rome après les saints apôtres. « Comme en ces temps d’impunité que nous traversons, une guerre perfide a été déclarée à l’Église et parce que les ennemis du catholicisme s’efforcent d’arracher à la papauté son pouvoir temporel que la Providence lui a donné afin qu’elle pût accomplir plus librement ses fonctions apostoliques… ». En 1939, Pie XII la proclama patronne de l’Italie avec saint François. Paul VI lui décerna le titre de docteur de l’Église en 1970 : « Catherine est la mystique du Verbe incarné, et du Christ crucifié, mais aussi du corps mystique du Christ, c’est-à-dire l’Église ». En 1990, Jean-Paul II la fit copatronne de l’Europe avec saint Benoît, saints Cyrille et Méthode, sainte Brigitte de Suède, sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix (Édith Stein).

 

[1] Inaugurée le 29 juin 1962, 500ème anniversaire de sa canonisation, après une lutte contre les Beaux-Arts par la vénérable Luigia Tincani, fondatrice des sœurs de l’union de sainte Catherine et l’UMSA à Rome.

Date de dernière mise à jour : 03/05/2026