S. Jeanne d'Arc (10/05 - sacres FSSPX)

Homélie de la solennité de sainte Jeanne d’Arc (10 mai 2026)

Pas assez de sacres FSSPX du 1er juillet 2026

Jésus avertit avec le prophète « Le cœur de ce peuple s’est alourdi : ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent » (Mt 13, 15, citant Is 6, 9-10 ; cf. Jr 5, 21). Nos hiérarques, aveuglés par l’idéologie, refusent de voir la réalité en face et s’ouvrir aux arguments de la FSSPX parfaitement justifiés.

Ne choisissez pas les canons qui vous arrangent !

Si le code de droit canonique prévoit qu’un mandat pontifical est requis pour consacrer (‘ordonner’ (sic)) un évêque (CIC 1013) et que la peine encourue (CIC 1382) serait l’excommunication latæ sententiæ, pourquoi avoir déjà préparé la censure ou punition ferendæ sententiæ, calquée sur celle du 1er juillet 1988 ?[1] Le même code est plus mesuré et compréhensif, si du moins l’on voulait (CIC 1323) :

N’est punissable d’aucune peine la personne qui, lorsqu’elle a violé une loi ou un précepte : 4° a agi forcée par une crainte grave, même si elle ne l’était que relativement, ou bien poussée par la nécessité, ou pour éviter un grave inconvénient, à moins cependant que l’acte ne soit intrinsèquement mauvais ou qu’il ne porte préjudice aux âmes ; 7° a cru que se présentait une des circonstances prévues aux nn. 4 ou 5.

Pourquoi choisir les canons qui arrangent ces néo-pharisiens ? Veulent-ils vraiment jouer aux plus fins ? « Si certains ont de l’audace – je parle dans un accès de folie –, j’ai de l’audace, moi aussi (…). Ils sont ministres du Christ ? Eh bien – je vais dire une folie – moi, je le suis davantage : dans les fatigues, bien plus » (2 Co 11, 21.23).

Le CIC 1324 invite à la modération dans les cas cités, à infliger plutôt une pénitence qu’excommunier. Et surtout, pourquoi deux poids, deux mesures ? En Chine, les accords secrets de 2018 avec le Saint-Siège, renouvelés plusieurs fois et valables jusqu’en 2028, sont en réalité une capitulation totale de l’Église face à la politique du fait accompli des communistes. La comparaison des communiqués est révélatrice : jamais le gouvernement chinois ne mentionne le pape et s’évertue même à montrer l’antériorité de leur « élection » sur une éventuelle approbation du Saint-Siège où le pape perd toute autonomie. L’Église a gommé les archevêques car le PCC veut l’égalité entre tous les évêques[2]. Pourquoi ne sont-ils pas excommuniés puisque le pape n’a pas eu son mot à dire ? Les évêques du monde communiste n’ont-ils pas été contraints à sacrer des successeurs vu l’état d’exception qu’ils connaissaient ? Rien qu’en Tchécoslovaquie, une dizaine d’évêques ayant ordonné 300 prêtres environ (non sans abus !)[3].

Par ailleurs, pourquoi les excommunications prévues contre les schismatiques mais valant d’abord pour les hérétiques ne sont-elles jamais mises en œuvre ? Pourtant, l’Écriture Sainte est clair sur les progressistes : « Quiconque va plus avant (προ-άγων) et ne demeure pas dans la doctrine du Christ ne possède pas Dieu. Celui qui demeure dans la doctrine, c’est lui qui possède et le Père et le Fils » (2 Jn 9). Manque-t-il d’évêques et de prêtres, voire de pape, qui n’auraient pas erré ? Pourquoi le collège cardinalice réuni en conclave pour élire Léon XIV décida-t-elle de se dispenser des règles canoniques limitant à 120 le nombre de cardinaux électeurs puisqu’ils siégèrent à 133 cardinaux ? Pourquoi sait-on qu’il fut élu au 4e tour avec 108 voix (19 de plus que nécessaire, mais rapportées à 13 surnuméraires) ? Pour les cardinaux qui ont trahi le secret, la constitution apostolique Universi Dominici Gregis n°55 ne prévoit-elle pas aussi l’excommunication latæ sententiæ ? Pourquoi Léon XIV ne le fit-il pas ?[4]

L’état de nécessité ? Opération survie ? Évidemment oui ! Parlons chiffres

L’état de nécessité est présenté la difficulté à respirer l’air frais de la « saine doctrine » définit par saint Paul « Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques » (1 Tm 4, 3-4).

Le délabrement du catholicisme en France

Selon l’INSEE, peu susceptible de complaisance envers les disciples de Mgr Lefebvre[5]. En 2019-20, 51% de la population s’était déclarée sans religion (+ 8. Pts pour les 48-59 ans par rapport à 2008-2009). Les immigrés sont deux fois plus souvent affiliés à une religion (81%). Le catholicisme n’est plus revendiqué que par 29% (10% pour l’Islam et 9% d’autres chrétiens). C’est la religion avec le moins de pratique : seuls 8 % des catholiques fréquentent régulièrement un lieu de culte [voir ci-après], contre un peu plus de 20 % des autres chrétiens, des musulmans et des bouddhistes, et 34 % des juifs. La transmission religieuse est faible chez nous : 67% chez les catholiques contre 91% chez les musulmans, bonne dernière !

Selon l’Ifop pour Bayard-La Croix (> 18 000 Français), en 2025, seuls 5,5 % des adultes (environ 3,7 M. de personnes), vont à la messe au moins une fois par mois. Parmi eux, les messalisants hebdomadaires ne sont qu’1,5%. La moitié d’entre eux seulement se confesse ! Entre 2006 et 2021, la pratique hebdomadaire a été divisée par trois : de 5% à 1,5%.

L’étiolement continu du clergé

La CEF indique en 2023, 12.019 prêtres exerçant en France, dont environ 5.000 prêtres de moins de 75 ans. Parmi eux, 30% déjà sont étrangers, car le grand remplacement concerne encore plus le clergé catholique que la population française. L’annuaire diocésain de Rouen de 2025, donnait pour 38 prêtres français de moins de 75 ans travaillant réellement dans le diocèse, mais 17 prêtres étrangers, soit 30%, moyenne générale française. Les néocolonialistes pillent les vocations africaines plutôt que de nous donner une place[6].

Entre 2000 et 2017, le nombre de séminaristes a baissé de 31% (976 à 667). Face à cette débandade, on ment par un tour de passe-passe, incluant désormais la communauté Saint-Martin, un séminariste sur six (de 109 prêtres et diacres en 2019 à 208 en 2026 et une centaine de séminaristes). Longtemps rejetés car portant la soutane et vivant en communauté, c’est la nouvelle mode actuelle après l’illusion charismatique (Béatitudes, Verbe de Vie, Emmanuel). Combien de temps encore avant que l’Église n’ouvre les yeux et daigne faire appel aux prêtres de la Tradition ? La communauté Saint-Martin n’est pas critique sur Vatican II, refusant d’aller jusqu’à la racine du problème imposant une sanatio in radice. Elle rejette la messe traditionnelle, prétendant défendre comme Solesmes le Paul VI latin qu’ils n’utilisent pourtant de facto qu’au séminaire d’Évron (dioc. Laval). Par ailleurs, elle est sous visite apostolique pour éclairer leur fondateur et pratiques. Ils arrivent à Yvetot en septembre. Sont même comptés les séminaristes ex-Ecclesia Dei, dont la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP : 417 prêtres et diacres, 162 séminaristes) ou l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre. Même en trichant en 2018, on perd depuis 18% (828 à 679 en 2023), malgré ¼ d’étrangers. À Rouen, nous étions 19 séminaristes en 2002 (tous ne furent pas ordonnés), aujourd’hui il en reste 1 seul !

Pouvons-nous dès lors vraiment nous passer de 733 prêtres de la FSSPX (nombre à la Toussaint 2025) de 47 ans de moyenne d’âge et 264 séminaristes (au 1er nov. 2025) ? Une goutte d’eau rapportée aux 407.000 prêtres (chiffre au 30 juin 2023) ?

La disproportion des évêques

Quoi qu’il arrive, la FSSPX sacrera seulement 4 évêques de nouveau. Le même nombre qu’en 1988, alors que le nombre de leurs fidèles, prêtres, apostolats a explosé en 38 ans. Eux font grandement preuve de mesure puisqu’il en faudrait sans doute le triple pour couvrir le monde entier raisonnablement.

La conférences des évêques de France rapporte 120 évêques en exercice en 2025 (107 diocésains + 11 auxiliaires + 2 exarques orientaux). Alors que le nombre de prêtres s’effondre, ayant diminué de 51.000 en 1950 à 3.000 Français aujourd’hui (baisse de 94% en 75 ans), les évêques se maintiennent relativement stable (baisse de 10% par rapport aux 133 en 2000) ! Car si l’on a aujourd’hui autant de diocèses, le nombre des paroisses se réduit comme peau de chagrin à -67% (38.000 paroisses en 1980, 15.000 en 2006, 9.718 aujourd’hui) et encore moins demain. Pourquoi ne supprime-t-on pas des diocèses ? Certains évêques n’ont plus 10 prêtres à chapeauter ? Il y a plus de chef que de personnes à diriger !

Dans le monde, l’Église catholique compte 5.430 évêques et 4 évêques ne sont donc que 0,07% du total). Ils sont censés s’occuper de 1.405.454.000 âmes, soit un évêque pour 259.000 fidèles à bout de souffle ! La FSSPX n’a plus que 2 évêques qui ont chacun le soin des âmes de 300.000 fidèles jeunes et dynamiques ! Les pauvres Mgr de Galareta et Fellay (68 et 69 ans) ordonnent dans 6 séminaires, confirment dans 131 prieurés et 447 lieux de messe dans le monde entier. Ils voyagent sans cesse pour administrer les sacrements ! Et que font notre pléthore d’évêques, à part nous empêcher d’administrer des sacrements dans l’ancien rite ? Ils réunionnent puisqu’ils n’ont plus personne à ordonner. Seul ¼ des diocèses français (23/93) ont ordonné au moins un prêtre en 2025 (-52% depuis 2005 : 48). Pourquoi ne remettent-ils pas en avant la confirmation, la base de toute reprise ? Pourquoi la France est-elle à 57% de confirmés alors que la moyenne mondiale est à 86% ? N’est-ce pas leur métier ?

L’enflure de l’épiscopat dans la nouvelle ecclésiologie

Si le concile Vatican I magnifierait à l’extrême le pouvoir du pape avec l’infaillibilité pontificale (somme toute réduite à très peu de cas, n’en déplaise aux sédévacantistes), Vatican  II a fait des évêques de papes en réduction. V. Hugo critiqua Napoléon le petit, nous voilà avec des papes en tout petit. Et pourtant ce concile a abusé par l’incroyable enflure donnée au pouvoir épiscopal, sans précédent dans l’histoire de l’Église. Ce pouvoir comporte deux aspects. La sacra potestas ou pouvoir d’ordre d’une part relève de la dimension sacramentelle, soit essentiellement la confirmation en Occident des non-catéchumènes (mais délégables) et les ordinations sacerdotales, au fond leur seul pouvoir réellement propre (avec les consécrations d’églises). Le pouvoir de gouvernement, d’autre part, est disciplinaire sur un territoire ou un groupe d’hommes.

Tous les évêques ne disposent pas d’un pouvoir de gouverner plein et entier : tous les évêques titulaires ne gouvernant pas un diocèse usent d’une fiction juridique, d’un titre in partibus infidelium : soit auxiliaires dans les diocèses, soit curialistes (secrétaires de dicastères), soit diplomates (nonces), soit anciens évêques diocésains retraités. Mais ils disposent bien de la sacra potestas, peuvent donc confirmer, ordonner (mais avec autorisation de l’ordinaire !). Et c’est uniquement cela que vise la FSSPX, pas d’ériger une hiérarchie parallèle, mais sauver les âmes !

Quoi qu’on en dise, ce concile prétendument pastoral se prétend dogmatique en changeant la théologie de l’épiscopat dans Lumen Gentium. Sans doute est-ce un relent du conciliarisme des XIVe et XVe siècles qui prétendait soumettre le pouvoir des papes à l’autorité d’un concile œcuménique, quand le grand schisme déchirait la Chrétienté en obédiences. Les évêques ne veulent plus être des ‘préfets du pape’, chargés d’appliquer les directives romaines dans leur ressort. Ils rejettent désormais l’enseignement classique qui faisait dériver leur juridiction d’une délégation du pape comme au temps des investitures (XI-XIIe siècles). Ils se sont arrogés depuis le dernier concile un pouvoir de juridiction de droit divin et non plus humain, en tant que membre du collège apostolique, fusionnant le sacre épiscopal et la juridiction, autrefois clairement séparés par l’investiture pontificale. Déjà la nouvelle affirmation de la sacramentalité de l’épiscopat en faisait comme un 8e degré de l’ordre, nouveauté rejetée par saint Thomas (ils disent ‘ordination épiscopale’ et non plus ‘sacre’).

Conclusion : Silere non possumus (nous ne pouvons plus nous taire) !

La FSSPX ne sauvera pas l’Église qui n’est sauvée que par le Christ. « Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18, 8). Resterons-nous les bras ballants ? Dieu nous invite à faire ce que nous pouvons et à demander ce que nous ne pouvons pas (DS 1536, 6e session sur la justification, chap. 11 du concile de Trente). Et faire ce que nous pouvons, n’est-ce pas contribuer chacun à son niveau, avec les grâces reçues de Dieu, à sauver les âmes dans et par l’Église ?… Les fidèles ont droit aux sacrements et les pasteurs le devoir de les leur fournir.

« La tradition anticipe l’avenir et se dispose à l’éclairer par l’effort même qu’elle fait pour demeurer fidèle au passé » (Maurice Blondel).

 

[4] Jean-Paul II, 22 février 1996 (et motu proprio Normas Nonnullas de Benoît XVI du 22 février 2013) : « Le Cardinal Camerlingue et les trois Cardinaux assistants pro tempore ont l'obligation de veiller soigneusement à ce que ne soit violé d'aucune manière le caractère secret de ce qui se passe dans la Chapelle Sixtine, où se déroulent les opérations de vote, et dans les locaux attenants, avant, pendant et après les opérations (…) Si une quelconque infraction à cette norme était commise, leurs auteurs doivent savoir qu'ils seront soumis à l'excommunication latae sententiae, réservée au Siège apostolique » Gerard O'Connell et Elisabetta Pique, Le dernier conclave. Au cœur du Vatican: les coulisses de la guerre pour le pouvoir. Editions Arpa, 2026.

[5] Rapport du 30 mars 2023 La diversité religieuse en France : transmissions intergénérationnelles et pratiques selon les origines par Lucas Drouhot (Utrecht University), Patrick Simon (Ined et ICM), Vincent Tiberj (Sciences Po Bordeaux) https://www.insee.fr/fr/statistiques/6793308?sommaire=6793391.

Date de dernière mise à jour : 10/05/2026