Trinité (31-05 - S. Philippe Neri)

Homélie du dimanche de la Trinité (31 mai 2026)

Saint Philippe Néri (21 juillet 1515 – 26 mai 1595)

Le 26 mai, est fêté un grand saint méconnu en France, malgré sa fécondité bien vivante.

Biographie

La jeunesse

Saint Philippe Neri naquit à Florence le 21 juillet 1515, second de quatre enfants. Sa mère Lucrezia mourut en mettant au monde son quatrième bébé, le 8 septembre 1520, le laissant orphelin à 5 ans. Son père, notaire à la clientèle modeste, se remaria avec Alessandra qui prit soin de ses beaux-enfants et les éduqua pieusement. Philippe fut marqué par les Dominicains de Saint-Marc qui conservaient vif le souvenir de Fra Girolamo Savonarola (1452-1498) (Jérôme Savonarole), grand pourfendeur de la corruption du clergé (De ruina Ecclesiæ, 1475) et de la dépravation de la société, inventeur du bûcher des vanités. Sa radicalité le marqua, voulant établir la royauté du Christ sur Florence par une théocratie et convertir profonde les mœurs pour une vie vertueuse. Le sac de Rome par les lansquenets impériaux (Landsknechten, protestants au service de Charles Quint) en 1527, paru une punition divine. Florence pour y échapper se rebella aussi contre les Médicis par une éphémère république (1527-1530). Son père l’envoya à 18 ans (1533) apprendre le métier de commerçant chez son oncle Romolo qui avait fait fortune à San Germano, près du Mont-Cassin et voulait l’adopter car il n’avait pas d’enfant. Philippe préféra prier dans une grotte à pic sur la mer à Gaëte (Montagna Spaccata).

La vie romaine au service des malades et pèlerins

Philippe arriva à Rome en 1534 comme pèlerin et ne devait plus quitter la Ville Éternelle jusqu’à sa mort en 1595. Il en est appelé le second apôtre après saint Pierre. Il commença modestement comme précepteur des deux garçons de son compatriote, Galeotto Caccia, en contrepartie d’une chambre et d’un sac de blé. Il suivait quelques cours de philosophie et théologie à la Sapience et chez les ermites de saint Augustin et s’occupait des malades à l’hôpital Saint-Jacques des Incurables sur le Corso. Il y noua amitié plus tard avec le fondateur des Serviteurs des malades, saint Camille de Lellis. Il rencontra aussi saint Ignace de Loyola et le premier noyau jésuite dès 1538.

À la Pentecôte 1544, dans les catacombes de Saint-Sébastien, il expérimenta une sorte de transverbération. Une boule de feu pénétrant par sa bouche enflamma son cœur qui se dilata au point que de nombreux témoins voyaient son cœur soulever sa poitrine jusqu’à faire trembler le banc où il était assis. Les médecins constatèrent à sa mort que deux de ses côtes en furent déformées. Si l’on touchait sa poitrine, il était brûlant. Errant dans les rues de la ville où les jeunes le moquaient, il sut les conquérir par son caractère enjoué et blagueur. Mais certains le diffamèrent en l’attirant chez des prostituées qui prétendaient vouloir se confesser.

Il prenait soin des malades dans les hôpitaux Saint-Jean et du Saint-Esprit et des pauvres de la confraternité de la Charité de Clément VII et du Divin Amour. Il n’oubliait pas les pèlerins nombreux à Rome qui arrivaient parfois en bien mauvaise santé. Il fonda en 1548 avec son directeur spirituel, Persiano Rosa, la Trinité des Pèlerins (actuelle paroisse personnelle de Rome pour la messe traditionnelle, confiée à la Fraternité Sacerdotale St Pierre). Elle joua un grand rôle durant l’Année Sainte 1550 où il assista plus de 500 pèlerins par jour.

Évangéliser les jeunes : le petit et le grand oratoire

À partir de mars 1551, il reçut la tonsure, les ordres mineurs et majeurs jusqu’à l’ordination sacerdotale le 23 mai 1551 à Saint-Thomas in Parione par l’évêque de Sébaste. Il s’installa à Saint-Jérôme-de-la-Charité où il écoutait les confessions de l’aube jusqu’à midi où il célébrait la Sainte Messe. Suscitant de grandes jalousies, aussi dans le clergé, sa douceur conquit même ses pires ennemis (deux moines et le Dr Vincenzo Teccosi qui finalement lui légua sa fortune qu’il rendit aux neveux). Après avoir envisagé de suivre saint François-Xavier comme missionnaire en Extrême-Orient, un bénédictin de Tre Fontane le convainquit que son domaine d’apostolat était Rome.

Un petit noyau de disciples s’étant formé autour de lui, il institua en 1554 le petit oratoire dans un grenier au-dessus de la nef de Saint-Jérôme. Le cardinal-vicaire Virgilio Rosario le poursuivit de sa haine et le diffama jusqu’à sa mort (1559), interdisant même de confesser un temps. Paul IV le réhabilita. Mais un autre cardinal saint Charles Borromée, l’honorait de son amitié et recherchait ses conseils, cherchant à le faire venir à Milan pour y établir un oratoire. Il était aussi ami du Capucin saint Félix de Cantalice, mendiant pour son ordre. Philippe refusa le chapeau cardinalice en disant ‘Paradiso, Paradiso’, seule chose qui comptât réellement.

En 1575, Grégoire XIII institua la congrégation de l’Oratoire à laquelle il attribua l’église de Sainte-Marie-in-Vallicella ou Chiesa Nuova. Un oratoire de prêtre fonctionne toujours avec un petit oratoire, lieu de rencontre pour des entretiens spirituels, des lectures bibliques et des temps d’amitié autour d’un morceau de musique (l’oratorio). 8 à 10 personnes conversaient dans la chambre de Philippe « en esprit, vérité et simplicité de cœur » sur un sujet spirituel tiré des saintes Écritures. Cette façon toute simple et spontanée de partager ses découvertes marquait le style des prédications oratoriennes, fort éloigné de la rhétorique ecclésiastique de l'époque. François de Sales, oratorien, s’en inspira. Plus tard, les rencontres se structurèrent. L’après-midi commençait par une prière silencieuse. Venait une lecture émaillée de remarques, enfin deux ou trois exposés systématiques suivis d'un chant et d'une prière. À l'Angélus on se réunissait pour une demi-heure de prière contemplative.

Il mourut vers 3h du matin le 26 mai 1595, à la Vallicella où il n’avait emménagé qu’en 1588. Son procès de béatification commença le 2 août suivant. Son corps y est toujours vénéré depuis qu’il fut translaté en 1602. Il fut béatifié en 1615 et canonisé en 1622. Le petit peuple romain retint son humour en affirmant : « on a canonisé 4 espagnols et un saint » (Isidore le Laboureur, Ignace de Loyola, François-Xavier, Thérèse d’Ávila).

L’Oratoire : un esprit original

L’héritage philippin

Parmi sa postérité, figure le pèlerinage institué le Jeudi Gras 1552 aux sept églises de Rome aux basiliques Saint-Pierre du Vatican, Saint-Paul hors-les-murs, Saint-Jean du Latran, Saint-Laurent, Sainte-Marie-Majeure, Sainte-Croix de Jérusalem et Saint-Sébastien. Chaque année est commémoré à Rome au palais des princes Massimo le miracle de saint Philippe Neri. Le 16 mars 1583 mourut Paolo Massimo, âgé de 14 ans auquel le saint était affectionné mais qui mourut avant son arrivée. Philippe se recueillit en prière et finalement le jeune homme ressuscita et se confessa. Il répondit qu’il voulait aller au Ciel rejoindre sa sœur et sa mère et il mourut donc avec la bénédiction de Philippe qui le pria d’intercéder pour lui.

Philippe fut l’un des saints les plus loufoques et facétieux de l’histoire de l’Église : saint de la joie ou bouffon de Dieu. Il lui arrivait de se raser seulement la moitié de la barbe ou de mettre son chat sur l’autel pour le ramener aux réalités terrestres car il tendait à léviter trop facilement, pris en extase. Ses messes tendaient sinon à se prolonger jusqu’à 3 heures ! À ses enseignements, il ajoutait volontiers un trait d’humour pour marquer son auditoire. À une femme médisait, il imposa la pénitence de plumer un poulet dans les rues de Rome, puis d’en ramasser les plumes. Les médisances volaient, reprises à tout va, ne pouvaient plus être corrigées. « Pippo il buono » (le bon Philippe) témoignait la tendresse envers le prochain et préférait les mortifications spirituelles aux corporelles, luttant contre la vanité.

Une vie familiale

Les règles oratorienne furent rédigées en 1565 pour une vie familiale dans un foyer/nid. Les prêtres s’associaient pour mener une société de vie sans vœux, partageant la vie commune librement. Les vœux pouvaient forcer à rester qui n’aurait plus souhaité partager leur idéal alors qu’il ne voulait que des prêtres liés par la charité. ‘Possideant’ (qu’ils possèdent [des biens]) car n’étant pas religieux mais séculiers, ses prêtres n’émettent pas de vœux de pauvreté. Aussi ses membres sont-ils libres de quitter quand ils le veulent. Ne restent que ceux qui le désirent réellement, parce qu’ils s’y sentent chez eux. Ils auraient pourtant à tout moment de quoi vivre par leurs revenus et donc partir ailleurs. C’est l’origine des sociétés de vie apostolique.

Les membres se choisissent entre eux car ils doivent partager le même esprit familial. Ils sont appelés à la stabilité, restant jusqu’à leur mort dans ce lieu (un ordre envoie ses membres n’importe où). Si l’Église dit souvent qu’on ne choisit pas ses frères, l’oratoire fait tout le contraire. Outre l’esprit philippin, chaque maison de l’oratoire a un esprit particulier. Celui de Birmingham fondé par Newman était intellectuel (comme un college d’Oxford, mais sans la femme du recteur disait le facétieux converti de l’anglicanisme venu d’Oriel College). Cette vie commune est le lieu de la sanctification de ses prêtres. L’Oratoire accorde beaucoup d’importance à entendre des confessions et à diriger spirituellement, par un contact personnel, cordial, qui fait avancer les brebis confiées par Dieu. Au lieu de la réunionite, on pratique le ‘cor ad cor loquitur’ (le cœur parle au cœur) propre au disciple saisi par le modèle donné par le prêtre. L’éducation des jeunes par le petit oratoire est aussi une priorité. Saint John Henry, cardial Newman, soigna cette dimension intellectuelle.

Chaque maison est sui juris ou totalement indépendante malgré les liens de la charité dans la confédération. Son prévôt est ainsi supérieur majeur de droit pontifical, appelant aux ordres. Quatre membres fondateurs (au moins deux prêtres puis séminaristes ou frères) suffisent. Souvent des diocésains se regroupent et expérimentent la vie commune oratorienne avec l’accord de l’évêque. Si l’oratoire de Rome la reconnaît authentique, il transmet son droit pontifical à cette nouvelle congrégation demandée par l’évêque mais où les prêtres seront incardinés (quittant le diocèse). Chaque oratorien est libre d’organiser son apostolat qui doit être compatible avec la vie commune. C’est sans doute l’une des formes de vie sacerdotale appelée à se développer pour répondre aux besoins d’aujourd’hui. D’ailleurs, cela se développe. Au total, en 2021, on comptait 88 congrégations oratoriennes dans le monde dont 4 en France (Nancy 1995, Dijon 2008, Hyères 2011, Lorient 2022) et 3 en cours d’érection (Angoulême, Sainte, Lyon) avec environ 494 membres (dont 431 prêtres). Chaque congrégation demeure donc petite pour garder cet esprit familial.

Date de dernière mise à jour : 31/05/2026