Homélie du 18e dimanche après la Pentecôte (27 septembre 2026)
Les tourments des damnés en enfer d’après sainte Catherine de Sienne
Dans son chap. 38 et 42 du Dialogue, Dieu le Père enseigne à la grande mystique toscane du XIVe s. les quatre supplices principaux des damnés en enfer.
Le premier et principal supplice est la peine du dam, soit la privation de la vision de Dieu par les âmes damnées. S’il leur était possible, ils préféreraient endurer le feu, les tortures, les tourments en jouissant de cette vision, plutôt que d’être délivrée de leur souffrance sans le voir. Au contraire, voir Dieu face à face est la principale récompense des bienheureux.
La seconde peine est le vers de la conscience qui les ronge sans cesse, qui leur fait comprendre que c’est par leur faute qu’ils sont privés de la vision béatifique et de la société des anges, donc qu’ils méritent leur peine.
La troisième peine est la vue du démon qui redouble toutes leurs souffrances. En le voyant, ils se connaissent mieux eux-mêmes et comprennent que c’est par leur faute qu’ils ont mérité ces châtiments. Alors le ver de la conscience les ronge davantage et les brûle comme un feu qui ne s’éteint jamais. Ce qu’il voit dans la propre figure de Satan est si horrible et laid qu’aucun cœur humain ne pourrait l’imaginer. Sainte Catherine de Sienne le vit un petit instant et aurait préféré marcher dans un chemin de feu jusqu’au dernier jour du jugement plutôt que de revoir jamais cette satanée figure.
Le quatrième tourment est le feu qui brûle mais ne consume pas, de cette puissance de Dieu que Moïse avait entraperçue au buisson ardent. Lettre de l’âme, immatériel, ne peut se consumer de par soi. Mais par divine justice, Dieu permet que ce feu les brûle douloureusement, les afflige sans les détruire, les châtie de peines très grandes et de différentes manières, suivant la diversité de leurs péchés, et plus ou moins suivant la gravité de leurs fautes.
Enfin s’ajoutent d’autres tourments, le froid, le chaud, le grincement de dents et d’autres encore. Ainsi sont punis misérablement tous ceux qui, après avoir été repris une première fois au cours de leur vie (première réprimande), sans se corriger, ont entendu lors de la mort la seconde réprimande sans vouloir espérer en Dieu, sans se repentir de l’offense faite au Père, sans concevoir d’autres regrets que celui de la peine qui les menaces. Ils ont reçu la mort éternelle.
Tout ceci intervient au jugement particulier, à la mort de chaque homme. Mais lorsque le Christ reviendra à la fin des temps, à la Parousie, non plus dans l’humilité de la crèche ni de la croix, mais dans la Majesté de son Père, le supplice des damnés augmentera, comme s’accroîtra la joie des bienheureux. La lumière fait mieux connaître les ténèbres, et les ténèbres, à leur tour, font mieux ressortir la lumière.
Les damnés attendent avec effroi ce dernier jour du jugement qui sera pour eux un nouveau tourment. Le ver de la conscience rongera alors la moelle de l’arbre, c’est à dire l’âme, et en dévorera encore l’écorce, c’est-à-dire le corps. Contre eux se lèveront, accusateurs, le sang, qui pour eux fut répandu, les œuvres de miséricorde spirituelle et temporelle accomplies pour eux par le Fils, leurs propres obligations envers leurs prochains, écrites dans le Saint Évangile. Au moment de la mort, l’âme était seule à entendre sa condamnation, mais au jugement général, l’âme et le corps à la fois seront frappés, parce que le corps fut le compagnon et l’instrument de l’âme pour faire le mal, comme pour accomplir le bien suivant, le bon plaisir de la volonté de chacun. Toute opération, bonne ou mauvaise, est produite par l’intermédiaire du corps.
Quelle condamnation de leur sensualité misérable et de leur impuretés lorsqu’ils verront cette masse d’Adam, votre nature, élevée au-dessus de tous les chœurs des anges. Ils verront la libéralité, la miséricorde briller dans les bienheureux quand ceux-ci recevront le fruit du sang de l’Agneau. Ils auront sous les yeux toutes les fatigues qu’ils ont dû endurer et qui seront visibles sur leur corps comme un ornement, ainsi qu’une broderie sur un manteau. Par contre, ces êtres ténébreux sentiront leurs peines s’accroître en même temps que leur confusion en voyant apparaître dans leur corps torturé et tourmenté par le châtiment le signe des iniquités qu’ils ont commises. Ils seront enveloppés par toutes les infections de la terre, chacun à sa manière, suivant la mesure, la diversité des fautes qu’il aura commises.
Voilà la misérable fin de ceux qui vont par le chemin d’en dessous en suivant le fleuve, sans vouloir retourner sur leurs pas. Ils arrivent à la porte du mensonge et le démon lui-même est cette porte par laquelle ils entrent dans l’éternelle damnation.